L'homme d'affaire luxembourgeois rachète les Girondins de Bordeaux six mois après avoir été débarqué de la présidence de Lille.

Avec Lille, Mouscron ou Boavista, l'homme d'affaires luxembourgeois Gérard Lopez, en passe de reprendre le club de Bordeaux, a fait du football son terrain de jeu privilégié, après avoir fait fortune dans les nouvelles technologies et tenté sa chance en Formule 1, sa passion d'adolescent.

On l'annonçait en Premier League, du côté de Southampton, en Liga espagnole, et c'est finalement en Ligue 1 que Lopez, 49 ans, devrait faire son grand retour, un peu plus de six mois seulement après son départ précipité de Lille.

Pour Lopez, dans le football, tout a commencé à Esch-sur-Alzette, la ville de naissance de ce fils d'immigrés espagnols originaires de Galice, au Fola Esch, institution du football luxembourgeois dont il a pris le contrôle en 2007.
Sous sa houlette, le club remporte deux titres de champion du Luxembourg, avant de devoir refermer cette parenthèse, tout en restant président d'honneur du Fola Esch.

Car il s'est lancé dans un défi beaucoup plus grand et ambitieux, en reprenant le club de Lille en janvier 2017 pour 80 millions d'euros, après avoir été un temps candidat à la reprise de l'Olympique de Marseille, doublé dans la dernière ligne droite par l'Américain Frank McCourt.

POLYGLOTTE

Avec le Losc, le polyglotte Lopez --il parle couramment pas moins de huit langues-- va passer par tous les états, entre l'expérience ratée Marcelo Bielsa après seulement quelques mois en 2017, la peur de la rélégation en L2 en 2017-18, une 2e place en championnat en 2018-2019 après avoir notamment humilié le PSG 5-1 et la participation à la Ligue des champions en 2019-2020.

Mais son modèle économique risqué --emprunter beaucoup et à taux élevé pour acheter le club, faire du "trading" de joueurs acquis jeunes et/ou sans indemnité de transfert avant d'être revendus cher, pour financer l'emprunt-- va le perdre: il doit céder le contrôle du club nordiste en décembre 2020, incapable d'honorer la dette empruntée au fonds Elliott (225 M EUR).

Avant le football, il y a les affaires. A 33 ans, ce diplômé de l'université de Miami est devenu très riche grâce à son investissement dans une application sur internet de transmission gratuite de voix et d'image, qui allait faire florès: Skype.
Il investit son argent via Mangrove, sa société de capital-risque, dans les nouvelles technologies, puis se développe dans le secteur de l'énergie, notamment en Russie, le président étant un de ses amis Vladimir Poutine.
Sa première passion sportive, bien avant le foot, c'est le sport automobile et la légende brésilienne de la Formule 1 Ayrton Senna.

COLLECTION DE VOITURES

En 2011, il reprend l'écurie Renault, rebaptisée Lotus. Lopez, qui possède une impressionnante collection de plus de 100 voitures de sport, a d'abord vécu deux saisons de rêve, grâce au Finlandais Kimi Räikkönen et au Français Romain Grosjean.
La petite équipe d'Enstone en Angleterre, avec ses moteurs Renault, réussit à terminer deux fois au 4e rang mondial, en 2012 et 2013, derrière les écuries de pointe (Red Bull, Ferrari, Mercedes).

Puis tout s'est gâté assez vite: Räikkönen est retourné chez Ferrari, les moteurs Renault sont devenus moins performants, à cause d'une nouvelle règlementation technique et Lopez s'est lassé de la F1, peut-être parce que son écurie était rentrée dans le rang. Fin 2015, après six mois de négociations laborieuses, il revendait son jouet à Renault pour un euro symbolique, à cause des pertes accumulées en 2014 et 2015.

Le constructeur français a trouvé à Enstone un champ de ruines, fin de règne oblige: fournisseurs pas payés, troupes démotivées et surtout manque cruel de matière grise, les meilleurs éléments étant partis chez la concurrence.
La deuxième tentative en L1 de ce passionné de motocross lui permettra-t-elle, enfin, de conjuguer succès sportif et réussite financière ?