Une seule femme sélectionneur lors de la dernière Coupe du monde de rugby féminin… Pour accélérer la féminisation du métier, World Rugby offre un tremplin à d'ex-internationales qui intégreront une sélection comme stagiaires lors du Mondial-2021 en Nouvelle-Zélande. Mais le chemin vers la professionnalisation s'annonce encore long.

L'instance dirigeante du rugby mondial a dévoilé vendredi, à un an du coup d'envoi de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, les noms des six premières participantes à cette initiative. L'ancienne arrière-ailière du XV de France, Céline Allainmat, fait partie de la liste et rejoindra l'encadrement des Bleues pendant un an.

Comme l'actuelle préparatrice physique et entraîneure des arrières du Stade Rennais, ces anciennes joueuses ont toutes déjà une expérience d'entraîneur.

L'Anglaise Amy Turner a mis ses compétences au service de sa fédération, la Sud-Africaine Laurian Johannes dirige la sélection féminine Springbok des moins de vingt ans, l'Américaine Kate Daley, la Canadienne Maria Gallo et la Néerlandaise Inge Visser - qui sera affectée au staff du XV australien - œuvrent, elles, dans une équipe universitaire.

"Nous savons que nous avons un défi à relever. Lors de la dernière Coupe du monde, en 2017 en Irlande, une seule femme était à la tête d'une équipe nationale", a affirmé à l'AFP Katie Sadleir, directrice générale du secteur féminin à World Rugby.

Au total, seulement quatre femmes, dont Jo Hull, sélectionneur de Hong Kong, étaient présentes dans un staff technique sur l'ensemble des douze équipes engagées dans la compétition, soit 11%.

- 40% d'entraîneures au Mondial-2025 -

L'objectif de la fédération internationale est de faire en sorte qu'au moins 40% de l'encadrement soient des femmes lors du Mondial-2025, où le nombre de sélections pourrait passer de douze à seize.

"Créer des opportunités pour les femmes coaches est une étape cruciale et nécessaire pour s'assurer qu'elles bénéficieront d'une expérience pertinente et significative", souligne Katie Sadleir. Actuellement, le manque d'expérience est "un obstacle" lorsqu'elles "postulent à des postes d'entraîneurs de haut niveau".

Stéréotypes, freins structurels et difficultés à s'imposer dans des milieux encore très masculins sont autant d'autres facteurs qui nourrissent les inégalités alors que le rugby est pratiquée par 25% de femmes dans le monde.

L'ancienne internationale française Céline Allainmat, durant un match contre l'Australie, lors du Mondial de rugby féminin, le 5 septembre 2010 à Londres / © AFP/Archives

"Quand on commence à s'exercer, on sent de la part des garçons un peu de réticence. Au premier abord, c'est toujours: +Oh là là... Tu es sûr qu'elle peut vraiment nous coacher?+ Après, quand ils se rendent compte que l'on sait de quoi on parle, ça passe", raconte Céline Allainmat, 38 ans, en se remémorant ses débuts.

- Double vie -

L'ex-internationale n'officie pas à temps plein dans son club et jongle avec une autre activité. A l'instar de l'équipe nationale, composée de joueuses amateures ou semi-professionnelles, les coaches de rugby féminin en France mènent une double vie.

Quand elle n'est pas sur les terrains du Stade Français, l'entraîneure Anaïs Lagougine travaille "40 heures par semaine" comme ergothérapeute.

"Je finis le travail à 18h00, je file au stade où j'arrive à 18h30 et j'en repars à 22h00. C'est comme ça du lundi au jeudi. Le vendredi, c'est relâche et durant les week-ends, cela varie en fonction des déplacements. J'ai très peu de temps libre", explique l'ex-internationale, 38 ans, dont un tiers seulement des revenus provient du club parisien.

L'ancienne internationale française Anaïs Lagougine (droite), lors d'un match contre l'Angleterre le 29 juin 2013 à Moscou / © AFP/Archives

Coach des lignes arrières et responsable des deux équipes seniors, elle travaille dans un staff essentiellement composé d'hommes. "Je ne me suis jamais sentie rabaissée et n'ai jamais subi de remarque déplacée. Au contraire, le club m'a souvent valorisée", poursuit Anaïs Lagougine.

"La féminisation des entraîneurs est une bonne chose mais il faut donner les moyens de se former", souligne-t-elle.

A quand une femme à la tête d'une équipe professionnelle masculine (Clermont Foot, en 2e division française) comme la Française Corinne Diacre au football? "Je pense que cela arrivera. Les femmes investissent ce champ-là depuis quelques années, passent des diplômes. Il faut leur laisser le temps d'emmagasiner des victoires et des occasions se présenteront", estime Anaïs Lagougine.