Avec clairon ou mégaphone, des artistes arpentent depuis quelques jours les rues de Bordeaux pour "crier", à la manière des anciens gardes champêtres, les messages d'amours ou d'humour des habitants.

Ces "crieurs de rue", à l'initiative de la Ville de Bordeaux, vont, par binômes et à jours fixes, déclamer au pied des immeubles les poèmes, chansons, blagues ou voeux d'anniversaire, déposés sur une boîte email et vocale mises spécialement à la disposition des habitants.

En ces temps de confinement, en plus des échanges numériques, "nous avons essayé de mettre en place des dispositifs qui permettent de réengager l'humain", explique Yohan Delmeire, initiateur du projet.

Les sept comédiens, des intermittents, "Sont payés. C'est important pour eux", ajoute ce responsable culture à la mairie pour qui il s'agit aussi "d’expérimenter des projets nouveaux, de regarder comment on va pouvoir toucher les publics différemment, parce qu’il va falloir sortir des salles".

Dans le vieux Bordeaux, sur des échasses, Günther Galbert, tout habillé de vert au côté de la danseuse Elsa Moulineau, rameute les habitants à coups de clairon : "La criée, ça fait des années que cela existe", dit-il.

Dans un autre quartier, au pied d'une tour, le comédien Sébastien Genebes harangue une vingtaine de curieux arrivés sur leurs balcons.

"Oyez, oyez, confinés, confinettes, ouvrez grand vos oreilles, vos fenêtres, éteignez vos télés et montrez moi vos têtes", lance-t-il avant de déclamer pour Charlie: "Mon Jules, cinq semaines enfermés ensemble, et je n’aurai voulu les vivre avec personne d’autre que toi".

"C’est la façon la plus maligne et la plus agile d’arriver à habiter l’espace public en ce moment", commente le comédien habitué au théâtre de rue.