Notre nouvelle série au long format "Nouveau départ" s'intéresse à ces personnes qui ont plaqué leur boulot pour se lancer dans une nouvelle aventure. Pour ce premier épisode, on a rencontré Nizar El Hajjaoui, qui a quitté le secteur bancaire au Maroc pour devenir pizzaïolo au Luxembourg.

Finie "la boule au ventre" sur le chemin du travail. Fini le costard - cravate. À l'été 2004, Nizar El Hajjaoui a dit stop à son boulot de banquier au Maroc. Trop de stress, trop de contraintes, des chefs ingrats et un salaire "qui ne suffisait même pas pour vivre". "Je devais prendre des cachets pour aller travailler. C'était l'enfer. C'est parce que mon père était encore vivant que j'ai supporté tout ça. Quand il est décédé, j'ai démissionné, je suis parti" dit-il.

Dix-huit ans plus tard, l'homme, âgé aujourd'hui de 44 ans, s'épanouit dans sa pizzeria située au Luxembourg, à la frontière belge. "Bien sûr, j'ai connu des coups de stress ici aussi, mais d'une manière générale, je suis beaucoup plus relax. J'aime la mentalité luxembourgeoise, j'aime ce pays. Je suis en confiance".

Son changement de vie a été radical. Et ses débuts aussi surprenants que chaotiques. Au milieu des années 2000, il a débarqué chez un ami à Lille, avec quelques affaires dans une valise et surtout sans rien connaître de la cuisine. "C'est tout juste si je savais couper un steak !" confie t-il en rigolant. Son choix étonne toute sa famille mais le gaillard est persévérant. Il se retrouve vite dans la cuisine d'un restaurant en Belgique, où il apprend les rudiments du métier. "Je faisais tout, la plonge, le service, le nettoyage... Mais je n'avais de compte à rendre à personne."

Son passage dans une pizzeria, toujours en Belgique, a servi de déclic. Plus que la cuisine traditionnelle, Nizar s'est découvert une passion pour la pizza. "Mes premières pizzas étaient triangles, je n'arrivais même pas à les faire rentrer dans la boîte ! Mais petit à petit, j'y suis arrivé."

De l'eau a coulé sous les ponts. Depuis 2017, il est installé dans sa propre pizzeria, Niz Art Piazza, à Perlé au Luxembourg. Il s'agit de l’ancien restaurant de l’hôtel Roder, situé à quelques pas de la Belgique où Nizar gérait encore d'autres tables il y a peu. Depuis, l'homme se fait régulièrement remarquer pour ses prix dans des championnats du monde, en Italie.

En 2021, il a par exemple été élu champion du monde de la calzone pour une création à base de mascarpone, de figues, de jambon d'Ardenne, de fromage à pâte molle et d'un peu de miel. Dans sa pizzeria, d'autres trophées rappellent ses titres de vice-champion du monde à Rome en 2014 et en 2016, de champion des champions des spaghettis lors de la Master Cup à Naples en 2015, ou de vice-champion de la pizza innovante en 2017.

"Si c'était à refaire, je recommencerais ma vie de la même façon" nous dit-il. "Tant que mon moral est bon et que je dors bien, c'est tout ce qu'il me faut."