En 1769, l’ingénieur militaire Nicolas Joseph Cugnot, né dans la Meuse, construit le premier véhicule capable de s’affranchir de la traction animale, le "Fardier".

Né à Void, devenu Void-Vacon, dans l’actuel département de la Meuse, le 26 février 1725, Nicolas Joseph Cugnot est issu d’une famille de notables. Devenu ingénieur du génie militaire, il imagina un nouveau type de fusil, une planchette topographique et surtout l'invention qui le fera entrer dans l'histoire: la toute première automobile, une voiture mue par la vapeur. Son véhicule est conservé en parfait état au musée des Arts et Métiers.

En 1769, un autre Lorrain, le duc Etienne-François de Choiseul, secrétaire d’État à la Guerre de Louis XV veut améliorer la mobilité de l’artillerie en remplaçant les chevaux, qui ne peuvent supporter la charge de grosses pièces d’artillerie, par des machines à vapeur.

Il en parle à Jean Baptise Vaquette de Gribeauval, ingénieur et commandant de l’artillerie qui soumet son projet à Joseph Cugnot, dont les recherches sur les machines à vapeur sont déjà bien avancées.

LE "CHARIOT À FEU"

La première machine est testée en 1769, il s'agit d’une petite version d’un "fardier à vapeur" à trois roues. Le fardier était à l'époque un énorme chariot  tiré par des chevaux et utilisé pour le transport de matériel lourd. Mais au lieu des chevaux Joseph Cugnot y installe un moteur à vapeur.

Une chaudière alimente alternativement deux cylindres installés de part et d’autre d’une unique roue motrice. Nous ignorons l’échelle du premier modèle construit, mais Gribeauval en a laissé un descriptif: "Cette machine portait quatre personnes et se déplaçait à raison de 1.800 à 2.000 toises (soit environ 4 kilomètres) par heure, mais la grandeur de la chaudière n’étant point proportionnée à celle des pompes, elle fonctionnait pendant 12 à 15 minutes".

De ce premier modèle, il ne reste aucune trace, mais les essais prometteurs du prototype favorisent la réalisation d’un second fardier susceptible de transporter 5 tonnes à 4 km/h.  En avril 1770, on commanda à la fonderie de Strasbourg deux cylindres et les têtes de piston. Michel Brezin, mécanicien et serrurier à Paris, devait construire les autres pièces et l’assemblage fut fait à l’Arsenal de Paris. Le coût de ce fardier s’élevait à 20.000 livres, une somme considérable à l’époque.

Le départ de Choiseul du gouvernement porta un brutal coup d’arrêt aux travaux de Cugnot.  Abandonné en 1771, l’audacieux projet déchaîna les passions comme en témoigne cette lettre que le marquis de Saint-Auban, adressa à la Société royale des sciences et arts de Metz. "La manie des nouveautés, Messieurs, a été portée à un point qui est à peine croyable. On a prétendu substituer aux voitures et aux chevaux qui traînent l'artillerie, des machines à feu, mises en mouvement par des pompes à pistons."

Terminé et en état de marche, le fardier est pourtant oublié pendant trente ans dans les ateliers de l’arsenal de Paris. Sauvé pendant la révolution, il est installé au Musée des Arts et Métiers de Paris depuis 1800 et exposé dès 1801.

Depuis 2000, le fardier est visible dans la salle de l’écho, qui marque le début des espaces consacrés à l’histoire des transports au Musée des arts et métiers. Une prochaine exposition temporaire sera d'ailleurs consacrée à l’automobile: Permis de conduire? du 18 octobre 2022 au 7 mai 2023 au musée des Arts et Métiers, 60 rue Réaumur, Paris 3e.

L'HÉRITAGE DE CUGNOT 

Malgré une chaudière sous-dimensionnée, des mécanismes complexes et quelques défauts de conception, le fardier constitue un apport essentiel dans l’histoire de l’automobile. Cugnot s’est attaqué au difficile problème de la propulsion d’un véhicule. Les ressources techniques qui étaient les siennes ne lui ont pas permis d’apporter une solution fiable, et il faudra près d’un demi-siècle pour que les ingénieurs y parviennent, en particulier avec les locomotives à vapeur.

Dans la Meuse, une association, Le fardier de Cugnot, a été créée en 2009 pour construire une réplique fonctionnelle du fardier à l’échelle d’origine.

Le projet est conduit par l’Ecole des Arts et Métiers ParisTech avec le concours du Musée des Arts et Métiers de Paris. En construisant une réplique fonctionnelle grandeur nature du fardier, l'association voulait prouver que l'invention fonctionnait réellement. Ce qui est fait le 18 septembre 2010, les premiers tours de roues officiels ont lieu lors des journées du patrimoine.

Depuis, la réplique enchaîne les démonstrations partout en Europe. Le président de l'association, Serge Robert, est ravi de faire connaître l'histoire Joseph Cugnot et son invention révolutionnaire. Une démonstration du fardier est d'ailleurs prévue dimanche 4 septembre dans le village de Void-Vacon.