Le Luxembourg était le "pays des forêts", il n'y subsiste désormais que deux scieries. Chez Bois Brever, Corinne, la petite-fille du fondateur, refuse de se couper de ses racines et a repris les commandes de cette noble activité. Et elle "envoie du bois"!

Depuis des siècles, on surnomme le Luxembourg "le pays des forêts". Ce qui est justifié: sans l'intervention humaine, 90% du Grand-Duché serait aujourd'hui recouvert d'arbres. Une ressource si abondante que nous étions pendant longtemps le pays le plus boisé de l'UE.

Aujourd'hui, ce poumon vert ne respire plus vraiment la santé. Certes, il couvre encore un bon tiers du territoire, mais il ne fait plus battre le cœur du pays: déclin de l'activité sylvicole, urbanisation galopante, pollution, réchauffement climatique et épidémies... tout cela dégrade nos si belles forêts.

Signe de ce changement d'ère, il ne reste plus que deux grandes scieries dans le pays: Bois Scholtes à Manternach et Bois Brever à Huldange. "Du temps de mon grand père, il y en avait des dizaines dans tout le pays" rappelle Corinne Brever.

Après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque la demande de bois de construction était colossale, de nombreux Luxembourgeois ont fait prospérer cette activité ancestrale. Ce fut le cas de son grand-père à partir de 1947. La scierie Brever est ensuite passée en 1986 dans les mains de Carlo, le père de Corinne. C'est ce dernier qui lui a tout appris: le fonctionnement des machines pour écorcer, débiter, sécher le bois, son commerce, la gestion du personnel...

C'est pourquoi, lorsqu'elle termine à 24 ans ses études de business management à l'étranger, Corinne Brever n'hésite pas une seconde: elle revient poser ses valises dans son village natal situé à la cime du Luxembourg. Son avenir, ce sera la scierie.

RTL

Installée dans le nord du pays, la scierie Brever est une des dernières survivantes dans ce domaine. / © Archives RTL

"LES LUXEMBOURGEOIS PRÉFÈRENT TRAVAILLER DANS D'AUTRES SECTEURS"

"C'est ma maison. Avec mes soeurs, mes cousins, c'était une grande aire de jeu, on y passait tout notre temps libre. En été, on grimpait sur les montagnes de planches de bois, en hiver on faisait de la luge sur les collines de plaquettes..." se souvient-elle avec émotion.

Certes, l'exploitation du bois est un secteur presque exclusivement masculin. Mais cela ne l'a pas découragé. "Oui, je suis une femme. Oui, j'ai dû, parfois, m'imposer. Mais je n'ai jamais eu de problèmes. Si on a envie de faire quelque chose, peu importe si on est homme ou femme" assène-t-elle.

Car il faut un caractère aussi bien trempé pour affronter les difficultés dans ce secteur. Aux crises environnementales qui menacent la filière s'ajoutent les coups de hache de la mondialisation (variation de la demande et des prix du bois, concurrence des mastodontes du secteur, etc.).

Sans oublier la difficulté de recruter du personnel.  "Nos employés sont Belges, Allemands... les Luxembourgeois préfèrent travailler dans d'autres secteurs, ils ne veulent plus faire ce genre de travail", déplore-t-elle. Un problème que connaît bien l'artisanat au Luxembourg, qui souffre de l'attractivité de la fonction publique et du rejet des métiers traditionnels, qui avant se perpétuaient de générations en générations... "Travailler dans une société familiale comme la nôtre, ça devient rare. Et c'est triste".