Un équipement de pointe pour soigner certains cancers pourrait bientôt être à la disposition de toute la Grande Région. Le Luxembourg est partenaire de ce projet européen.

La technique, déjà pratiquée en Belgique et dans trois centres français, est prometteuse. La protonthérapie constitue un espoir pour soigner certains types de cancer et surtout une avancée pour éviter les séquelles, par la précision de l'irradiation qu'elle permet, particulièrement intéressante pour le traitement des enfants afin d'éviter des complications ultérieures.

Si la France, l'Allemagne et la Belgique disposent déjà de plusieurs centres de protonthérapie, leur éloignement est un problème pour la Grande Région et en particulier le Luxembourg.

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Aucun centre n’est encore implanté dans la Grande Région alors que le besoin est réel: on recense 85.000 nouveaux cas de cancer par an parmi ses 11,5 millions d'habitants. Les centres de protonthérapie les plus proches sont situés à Louvain (Belgique), Heidelberg et Essen (Allemagne) et Orsay (France). On dénombre aujourd’hui 100 patients de la Grande Région pris en charge annuellement sur les plusieurs centaines éligibles - dont une dizaine au Luxembourg. Il existe en effet des difficultés d’adressage et des différences de remboursement des indications entre les différents acteurs. Avec l’accumulation de preuves scientifiques, la protonthérapie pourrait concerner jusqu’à 20% des indications de radiothérapie d’après les derniers modèles. La radiothérapie concerne 250 patients luxembourgeois par an.

D'où l'importance du projet "Équipe transfrontalière de protonthérapie", financé dans le cadre du "Fonds européen de développement régional" (FEDER), qui soutient des projets de coopération transfrontalière entre acteurs locaux et régionaux issus des territoires qui composent la Grande Région (Lorraine, Sarre, Luxembourg, Wallonie, Rhénanie-Palatinat). Ses acteurs organisent le jeudi 27 janvier son premier congrès virtuel, avec pour objectif de rassembler et sensibiliser l’ensemble des médecins et physiciens sur les enjeux fondamentaux de la protonthérapie.

Pilote du projet, le professeur Didier Peiffert de l'Institut de cancérologie de Lorraine nous a expliqué que "la première étape a été de construire l'équipe de protonthérapie transfrontalière avec les différents partenaires – médecins oncologues radiothérapeutes, physiciens médicaux, manipulateurs de radiothérapie – afin qu'ils puissent s'intéresser à ce sujet très spécifique."

La formation théorique et pratique est l'un des autres grands axes du projet, de même que le partage de connaissances. Le Luxembourg est partie prenante, à travers la participation du centre François Baclesse à Esch-sur-Alzette. Son directeur général et médical, le professeur Guillaume Vogin, faisait d'ailleurs partie de l'équipe nancéienne de Didier Peiffert avant de rejoindre le Grand-Duché: "On espère qu'avec l'étude qu'on mène tous ensemble actuellement nous allons pouvoir avoir une autorisation par le ministère de la Santé en France d'implanter un centre à Nancy pour pouvoir justement adresser tous les patients de la Grande Région qui relèveraient de cette indication."

Le centre François Baclesse traite actuellement 1.700 patients par an avec des techniques modernes basées sur les rayons X. Mais pas les enfants de moins de vingt ans qui sont pris en charge par le Service National d’Onco-Hématologie Pédiatrique, qui assure le diagnostic, la chirurgie, la chimio et le suivi. Une dizaine d'entre eux, chaque année, sont envoyés à l'étranger.

D'après des projections sur les indications actuelles de protonthérapie (tumeurs de l’œil, de la base du crâne, de la colonne vertébrale et des enfants), un centre Grand Régional basé à Nancy pourrait traiter quelque 200 patients par an, parmi lesquels 15 à 25 originaires du Luxembourg.

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UNE PARTICIPATION DU LUXEMBOURG D'ENVIRON 2 MILLIONS D'EUROS

À la suite d'une enquête de faisabilité commandée en 2018 par l’Agence Régionale de Santé Grand Est (France), ce projet s’est avéré viable sur le périmètre de la Grande Région. L'investissement total est de 42 millions d'euros, dans l'hypothèse où le centre prend en charge 200 patients par an. La contribution financière du Luxembourg s’élèverait à 2,2 millions d'euros pour 25 patients adressés dans le cadre d’indications "classiques", adultes et enfants confondus.

LA PROTONTHÉRAPIE, COMMENT ÇA MARCHE?

La protonthérapie est une technique d’irradiation utilisant des faisceaux de protons accélérés qui offrent une balistique plus favorable en raison de leur parcours limité dans le corps, en comparaison avec les photons Rx utilisés dans la radiothérapie conventionnelle. Cette technique permet ainsi d’épargner un volume substantiel de tissus sains dans le traitement de certaines pathologies (mélanomes oculaires, chordomes/chondrosarcomes du système nerveux central, tumeurs pédiatriques, etc.).

"La protonthérapie est un traitement qui va utiliser des particules plus lourdes que celles qui sont utilisées en radiothérapie classique, nous a expliqué Guillaume Vogin. Ces particules plus lourdes vont avoir la possibilité de s'arrêter à une certaine profondeur et de cibler beaucoup mieux une tumeur. Elles vont donc s'adresser essentiellement aux enfants. L'objectif principal étant d’irradier moins de cellules et d'empêcher la cancérisation de ces cellules dans le futur."