Quels liens tracés entre une peinture rupestre et un futur site d'enfouissement nucléaire? C'est la réflexion qu'Étienne Davodeau fait germer dans son dernier album en parcourant 800 km entre une grotte ornée du Lot et Bure dans la Meuse.

L'auteur et dessinateur Étienne Davodeau continue d'élargir le champ de la bande dessiné du réel avec son dernier ouvrage Le Droit du sol. Habitué à conduire ses lecteurs vers des sujets de société en mêlant autobiographie, reportage et sociologie, l'auteur trace un sillon commencé il y a 20 ans avec Rural!.

Dans Le Droit du sol, le thème abordé est plus conceptuel que la condition paysanne, la viticulture ou les grèves ouvrières. Il est question du sol. Celui que l'humanité foule depuis toujours, d'Homo habilis à l'Homme moderne, Homo sapiens.

Une enveloppe terrestre que nous occupons en surface comme en profondeur dont Étienne Davodeau choisit de questionner notre usage. Sa cible, le futur site d'enfouissement nucléaire de Bure dans la Meuse, situé à quelques kilomètres du Luxembourg.

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Le Droit du sol / © MG

Le lecteur est donc convié à inscrire ses pas dans ceux de l'auteur sur près de 800 km. Point de départ, la grotte ornée de Pech Merle dans le Lot où des hommes ont laissé leurs traces, entre autres, sous la forme d'un mammouth dessiné sur la paroi. C'était il y a plusieurs milliers d'années.

Au bout du chemin donc, un site industriel où d'autres hommes s'apprêtent à enterrer pour plusieurs milliers d'années des déchets radioactifs.

Pour l'auteur, il s'agit "de relier deux lieux singuliers. Deux actes. Deux traces laissées par des Sapiens à d'autres Sapiens." Une histoire d'héritage, mais pas seulement. Étienne Davodeau nous parle avec subjectivité, un des avantages de son point vue, de son rapport à la dépendance énergétique de la France au nucléaire.

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Le Droit du sol / © MG

Pour étayer ses observations, le dessinateur s'entoure de différents protagonistes. Des spécialistes, des témoins ou des acteurs, qu'Étienne Davodeau met en scène à ses côtés durant son périple afin de retranscrire leurs entretiens.

Par exemple, il traverse les paysages français avec Bernard Laponche, ingénieur pionnier du nucléaire aujourd'hui opposant au projet de Bure, Valérie Brunetière, une sémiologue ou Joël, riverain du futur site d'enfouissement.

Ces "rencontres" fournissent des pages bavardes, riches en informations et réflexions. Elles sont entrecoupées de planches muettes, contemplatives, qui offrent des paysages à perte de vue. Le tout est dessiné avec finesse et sans couleur.

Un choix de forme qui maintient le flou entre reportage et œuvres de pensées, et l'équilibre entre album d'information et opus militant. Un exercice qu'Étienne Davodeau réussi, en homme plein de curiosité qui sait attiser et rassasier celle de ses lecteurs.

Le Droit du sol , édition Futuropolis.

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