Chékéba Hachemi a le cœur brisé. Cette Franco-Afghane a consacré sa vie à l'émancipation des femmes dans son pays d'origine. Aux côtés de la Grande-Duchesse de Luxembourg dans ses combats humanistes, Chékéba regarde l'Afghanistan de 2021 avec tristesse.

Tendre un micro à Chékéba Hachemi, c'est l'assurance d'être emporté. Emporté par son histoire, par sa fougue, par sa détermination, par son énergie, par son honnêteté. Rien d'étonnant à ce que la Grande-Duchesse de Luxembourg ait, elle aussi, été séduite par ce charisme hors du commun, alors qu'elle préparait l'organisation du forum Stand Speak Rise Up, pour lequel elle a reçu un titre honorifique des Nations-Unies ce vendredi 10 septembre.

Chékéba Hachemi, c'est tout d'abord un parcours exceptionnel, démarré dans les années 80, quelque part dans les montagnes afghanes: "Alors ma vie... Je ne peux pas la qualifier de romanesque, je dirais plutôt une vie un peu compliquée et pleine, complexe. Je suis Franco-Afghane. J'ai quitté mon pays d'origine, l'Afghanistan, à 11 ans, dans les montagnes, séparée de ma maman, avec un passeur à l'époque de l’invasion soviétique en 1986. J’ai donc vécu dans les montagnes afghanes en pleine guerre avec un passeur pendant 11 jours. C'est pour moi quelque chose qui résume un peu celle que je suis aujourd'hui."

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La suite n'est que combats, montagnes à déplacer – symboliques, celles-là –, et moments fondateurs, heureux ou désespérants. "Un autre événement marquant de mon parcours, poursuit Chékéba, c'est l’assassinat du commandant Massoud en 2001 quand j'étais retournée en Afghanistan, après avoir créé mon ONG Afghanistan Libre, pour venir aider les femmes dans cette vallée (Panjshir. NDLR) qui était libre, tout le reste était entre les mains des talibans. Le commandant Massoud se fait assassiner à peine deux ans après qu'on a commencé à travailler ensemble et que je l’ai rencontré, le 9 septembre 2001. Quelques mois après, je suis nommée la première femme diplomate du régime libre, à la chute des talibans, pour ouvrir une ambassade à Bruxelles auprès de l'Union européenne."

"ON S'EST ENTENDUES COMME DES SŒURS"

Quand la Grande-Duchesse de Luxembourg a rencontré cette femme d'exception, Maria Teresa a vite compris que sa contribution serait déterminante pour faire du forum Stand Speak Rise Up, en 2019, une réussite. Mais ça a été bien plus qu'une collaboration entre les deux femmes: "La première fois qu'on s'est rencontrées, nous a confié la Grande-Duchesse, eh bien il y a eu quelque chose, on s’est entendues comme des sœurs, sur tout! Quand j'ai commencé à préparer le forum, j’ai tout naturellement pensé à elle. J'ai dit: Chékéba, j’ai besoin de toi, de ton énergie, j'ai besoin de ta force, j'ai besoin de ta vision, s'il te plaît, aide-moi! Et elle est venue, elle m'a rejointe et depuis j'ai l'honneur et la chance de l'avoir comme conseillère."

Alors que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan, les femmes prisonnières de ce régime auront plus que jamais besoin de soutien. Si la communauté internationale semble bien les avoir abandonnées, elles pourront toujours compter sur Chékéba Hachemi: "On sait que ces terroristes, les talibans, Al-Qaïda, l'État Islamique sont tous en Afghanistan. Et on nous fait avaler qu'on ne peut rien faire, avec toutes les puissances du monde [...] Et on est partis tous, comme ça, en laissant ce peuple, ces 38 millions de personnes, dont plus de 20 millions de femmes, on les a laissés comme ça entre les mains des terroristes en leur donnant la clé [...] Tout ce qui se passe là-bas désormais, on s'en fout. Désormais ces millions de femmes, dont on sait très bien qu'elles vont être assassinées, emmurées vivantes, eh bien ça n'a pas d'importance."

À lire: L'insolente de Kaboul (Points) de Chékéba Hachemi

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