Mal du pays, éloignement... Au Luxembourg où les étrangers représentent plus de 50% des salariés résidents, l'épidémie de Covid-19 fait des ravages sur le plan psychologique.

Les dégâts psychologiques causés par la pandémie touchent de nombreuses catégories d'âge et de population. Les jeunes bien sûr, et en particulier les étudiants, privés de nombreuses distractions et pour certains cantonnés dans de minuscules chambres universitaires. Les indépendants, les artistes, les travailleurs des secteurs de la restauration, de l'événementiel ou du spectacle vivant... La liste est longue.

Mais il est une catégorie de victimes collatérales de cette épidémie plus spécifique à un pays comme le Grand-Duché, celle des expatriés. Sur les 239.864 salariés résidents que compte le Luxembourg, 121.463 sont étrangers selon le STATEC, qu'ils soient originaires de l'Union européenne ou d'ailleurs (environ 15% d'entre eux). Ce sont donc plus de la moitié des salariés résidents qui vivent loin de leur famille dans une période où voyager relève presque de l'aventure extrême.

Catherine Verdier, psychologue-thérapeute, a fondé le centre Psyfamille situé route d'Arlon à Luxembourg, et a vu défiler récemment un certain nombre de familles qui souffrent en cette période. "La difficulté: l’impossibilité de voyager, bien sûr, de rejoindre les siens, nous a confié Catherine Verdier. À Noël en particulier, fête familiale dans de nombreux pays, ça a été l’impossibilité de rejoindre les parents, les grands-parents,  avec la peur de les contaminer [...] Il y a des enfants qui ont pleuré devant leurs écrans avec leurs grands-parents de l’autre côté le jour de Noël."

Nous avons rencontré Aida May, une Mexicaine vivant désormais à Niederanven. Son dernier voyage dans son pays natal remonte à 2019. Sa fille Katia et elle se désespèrent de ne pouvoir retourner voir leur famille: "Le fait de savoir qu’on pouvait voyager, affirme Aida, ça nous donnait aussi plus d’énergie. Donc c’était facile de partir au Mexique. Et maintenant, évidemment, avec cette situation c’est impossible." 
Maggie, Américaine originaire d'Hawaï, prend son mal en patience. Vivant au Grand-Duché depuis 2012 et mariée à un Français, Maggie s'estime déjà heureuse d'avoir de la famille en France, celle de son mari, tandis que sa mère réside à Honolulu: "Heureusement qu'on a la famille de mon mari à Nantes, car pour ceux qui n’ont absolument pas de famille en Europe, c’est très facile, surtout sans les contacts sociaux, de se sentir isolés, et du coup un peu plus déprimés."