Ils sont jeunes, viennent d'arriver sur le marché du travail et ne veulent pas se ruiner dans leur logement. De plus en plus de Luxembourgeois partent s'installer en Allemagne, en Belgique ou en France pour raisons économiques.

Le phénomène a débuté à l’aube des années 2000, il ne cesse de prendre de l’ampleur depuis. Des Luxembourgeois partent s'installer en Allemagne, en Belgique ou en France, sous la pression des prix de l’immobilier au Grand-Duché. Une décision pas forcément facile à prendre.

En 2019, l’Observatoire interrégional du marché de l’emploi (OIE) comptait plus de 9.930 travailleurs frontaliers de nationalité luxembourgeoise résidant en Allemagne, en Belgique ou en France et qui travaillent au Luxembourg.

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Patrick Azevedo fait partie de ce pan grandissant de la communauté luxembourgeoise, devenu lui aussi un frontalier “atypique”. Ce consultant en R.H. et formateur vit à Kanfen en Moselle depuis fin 2019. Après avoir envisagé de louer au Luxembourg, il s'est vite découragé et s'est tourné vers la zone frontalière française, non loin de sa ville d'origine Dudelange.

"C'EST TRÈS DIFFICILE SI ON N'A PAS DÉJÀ QUELQUE CHOSE, UN PATRIMOINE QUELCONQUE"

En optant pour un appartement de 70 mètres carrés à Kanfen, Patrick a fait un choix qui lui permet de garder une aisance financière avec un salaire luxembourgeois. Ses traites mensuelles de remboursement de prêt sont inférieures à ce qu'il aurait dû débourser par exemple pour louer une chambre dans un appartement en colocation, souvent autour de 900€ à Luxembourg-ville.

"Si on me demande si je préférerais rester au Luxembourg, la réponse est clairement oui, poursuit le jeune consultant R.H.. Maintenant, est-ce que ça me gêne d'avoir dû quitter le Luxembourg ? Pas nécessairement."

Beaucoup de jeunes Luxembourgeois se retrouvent dans une situation comparable à celle de Patrick lorsqu'ils entrent sur le marché du travail. Quand ils ne font pas le choix de l'étranger, ils préfèrent parfois rester chez leurs parents le temps d'avoir un peu d'argent de côté. "C'est une question qui ne concerne pas que les jeunes mais la société en général, estime Patrick. Si le Luxembourg veut grandir, il faut pouvoir loger les gens, entre autres la jeunesse. Et ce qu'on voit au Luxembourg, c'est que c'est très difficile si on n'a pas déjà quelque chose, un patrimoine quelconque avec lequel on peut travailler pour ensuite entrer sur le marché."

Lorsque ce phénomène est apparu au début des années 2000, les Luxembourgeois avaient tendance à choisir l’Allemagne comme pays de résidence. Depuis 2012, cette tendance semble changer au profit des régions frontalières belges et françaises où les taux de croissance annuels de travailleurs frontaliers atypiques sont de l’ordre de 27% pour la Belgique et de 15% pour la France, contre 10% pour l’Allemagne.

Du côté de Perl en Allemagne, le phénomène a pris une telle ampleur que les autorités municipales ont changé les conditions de mise à disposition des terrains à bâtir résidentiels depuis 2009. Afin de préserver “l’identité des quartiers”, ces terrains sont attribués en priorité à des “candidats locaux”, comprenez des personnes ayant atteint l’âge de 18 ans et qui peuvent prouver qu’elles vivent dans la commune depuis une durée allant de 3 à 10 ans. Des directives qui, d’une certaine manière, relèguent les Luxembourgeois au second plan, malgré leur fort pouvoir d’achat.