Suite de notre série sur le confinement avec le psychologue Cyril Tarquinio. Aujourd’hui : Confinement et vie amoureuse.

Toi, toi mon toit”... Ces paroles d’une chanson légère des années 80 (Elli Medeiros) constituent une bonne entrée en matière pour aborder le sujet du jour: deux amants sont-ils faits pour vivre sous le même toit? Une question qui prend tout son sens en cette période de confinement imposé.

VIVRE EN COUPLE N’EST PAS NATUREL

Vous avez des envies de meurtre en observant votre conjoint ou conjointe ranger la vaisselle? Rien de plus normal... En guise de préambule, Cyril Tarquinio met en doute la viabilité du couple en citant Philippe Brenot. Le psychiatre et sexologue français nous rappelle qu’il ne peut pas y avoir de couple chez la plupart des mammifères. Le couple n’existe que le temps de la copulation puis le temps de l’élevage du petit issu de la copulation. Cela nous donne une indication de l’ancienneté du couple: le couple existe depuis l’invention de la sexualité (c’est-à-dire il y a environ deux cents millions d’années). Dès qu'on enlève la contrainte, c'est-à-dire l'obligation de rester mariés, on se rend compte que les gens se séparent. Il y a beaucoup plus de forces qui sont là pour séparer que pour unir.

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PLUS DE “POINT AVEUGLE”

Tout le monde n'a pas la chance d'être confiné dans un palais aux mille recoins. C'est bien dommage, car cette réduction de l'espace n'est pas saine pour le couple. Cyril Tarquinio fait un parallèle entre la vie de couple et la théorie du sociologue des organisations Michel Crozier. Ce dernier avait introduit le concept de zone d’incertitude dans l’entreprise. En d’autres termes, des points aveugles dans lesquels les salariés conservent des espaces de liberté: la "pause cigarette", la panne d’une machine…

Dans la vie de couple et la vie de famille, ces points aveugles existent aussi et peuvent se matérialiser dans le travail, les activités sportives ou les loisirs divers. Ils nous permettent d’échapper à l’autre d’une certaine manière (même si on aime cet autre) et de disposer d’espace de liberté pour soi-même, seul ou avec d’autres, en dehors de celui ou celle qui partage votre vie, le même appartement ou la même maison que nous. La modernité de nos vie fait que, dans la plupart des couples, chacun a une vie en dehors de la maison qui est parfois plus longue en temps vécu (hors temps de sommeil) que sa vie dans le couple, dans un espace délimité.

Même à la maison et dans le couple, nos téléphones et nos tablettes nous permettent, alors que nous sommes assis côte à côte, de nous évader vers un ailleurs. Nous sommes ici avec l’autre et là-bas avec d’autres. C’est là, sans doute, un des symboles forts de notre époque et de ce que nous appelons notre liberté. Avec le confinement, nous voilà amputés d’une part de cette liberté. C’est une forme de retour du réel. Il nous faut composer avec une réalité que, parfois, nous avions tout fait pour dénier.

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CONFINEMENT: UNE ÉPREUVE POUR LE COUPLE

Qui prend les paris pour la fin du confinement? Fiançailles ou rupture? Demande en mariage ou demande de divorce?

Les formes du conflit conjugal sont diverses, les causes également. On peut dégager deux motifs principaux de discorde: la difficile gestion des différences entre conjoints et le désenchantement amoureux.

La première induit un agacement et provient du fait que chacun a des manières d’agir et de penser bien à lui, différentes de celles du partenaire. Or, une majorité de conflits se forme justement par révélation brusque de l’”inacceptabilité” des manières de faire du conjoint: on voudrait ne pas les voir, mais elles sont tellement intolérables que ce sont justement elles qui provoquent soudainement la crise. Dans le confinement imposé, on peut difficilement tourner la tête et ne pas voir.

Par contraste, le désenchantement amoureux apparaît beaucoup plus simple. Le cycle conjugal débouche sur la définition de routines et de rôles. Les femmes ressentent davantage la perte d’intimité dans l’échange relationnel (notamment sous la forme de conversation). Les hommes, plutôt la perte sexuelle (soit que la partenaire apparaisse moins désirable, soit qu’elle éprouve moins d’intérêt et se refuse plus ou moins explicitement) . La déception peut parfois être combattue par des relations virtuelles avec d’autres partenaires, relations qui laissent la place à l’imaginaire et pouvant contribuer à l’équilibre d’un couple. Le confinement empêche cela.

Deux phénomènes sont à craindre durant et après ce confinement. Une augmentation des séparations (qui ne fera que confirmer le manque de solidité de ces couples) et des divorces.  Mais également une augmentation des violences conjugales, et cela semble être le cas en France avec une hausse de 32% de signalements de violences conjugales en zone gendarmerie en une semaine, 36% dans la zone de la Préfecture de police de Paris.

Mais si un couple passe cette épreuve digne d'une émission de télé-réalité sans une seule anicroche, on pourra dire sans crainte de ses protagonistes qu'ils sont faits l'un pour l'autre.

Dans la série "Je confine donc je suis":
Le télétravail forcé, un danger pour l'équilibre?