Longtemps, l'immigration portugaise a rimé avec personnes peu qualifiées au Luxembourg. Mais depuis les mesures d'austérité imposées à Lisbonne par la Troïka, une nouvelle frange de migrants, plus diplômée, a mis le cap sur le Grand-Duché à partir de 2007. João Santos, juriste, est un emblème de cette tendance.

João n’avait ni ami, ni famille au Grand-Duché. Seulement un bon C.V. et l'envie de quitter un Portugal exsangue. C’est à travers la plateforme Second Life qu’il a été recruté par une entreprise du secteur financier au milieu des années 2000, s’appuyant sur une expérience d’avocat et de solides compétences en matière de protection des données. Pas vraiment le profil de l’immigré portugais type au Luxembourg, traditionnellement destiné au secteur de la construction et arrivé par l’entremise de proches.

"J’ai envoyé trois C.V., se remémore João. Sur les trois, j'ai reçu deux réponses, l'une négative et l'autre positive. Au mois d’avril 2008, j’arrivais au Luxembourg avec tous mes bagages, tous mes livres, et voilà!"

La politique d’austérité au Portugal, mise en place par la Troïka — des experts représentant la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international —, a entraîné un flux de départs massif à partir de 2010. Des chercheurs des Universités de Lisbonne et Coimbra, regroupés au sein du projet REMIGR, on analysé ce mouvement entre 2013 et 2015. Le Luxembourg figurait parmi les six pays d’accueil sélectionnés dans cette étude, avec l’Angola, le Mozambique, le Brésil, la France et l’Angleterre.

Parmi ceux qui ont rejoint le Grand-Duché, le pourcentage de personnes diplômées est passé de 24,1% entre 2000 et 2004 à 33,3% entre 2010 et 2014. Toutefois bon nombre de migrants qualifiés, ne maîtrisant pas suffisamment le français, ont privilégié d’autres pays comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne. C’est une période où le consulat portugais au Luxembourg a enregistré une hausse nette d’environ 4.500 inscrits chaque année, entre 2010 et 2014. Le nombre de résidents portugais au Luxembourg est passé de 39.100 en 1991 à 95.516 en 2019.

LE RÊVE LUXEMBOURGEOIS

Par ailleurs, la proportion de projets d’installation définitive est plus élevée chez ceux qui optent pour la France et le Luxembourg, même si les Portugais qualifiés sont plus nombreux à envisager de repartir un jour vers un autre pays. Dans le cas de João, aujourd'hui juriste à la Mitsubishi Bank, le Luxembourg n’était pas son premier choix, l’avocat de Lisbonne avait d’abord tenté sa chance en Grande-Bretagne, sans succès. Mais le Grand-Duché l’a finalement adopté. "Je remercie le Luxembourg, poursuit-il, d’accueillir une génération qui vient de toute l’Europe, du monde entier, pour trouver une opportunité au Grand-Duché. Il y a The American Dream, mais il y a aussi le rêve luxembourgeois."

Dans les données recensées par le REMIGR, on observe que 33% des femmes portugaises migrantes sont détentrices d’un diplôme supérieur. Dans ces cas précis, c’est l’homme qui est venu rejoindre la femme, contrairement à l’image traditionnelle de la migration des couples.

L’étude montre également que les Portugais du Luxembourg sont ceux qui acceptent le plus facilement une dévalorisation de leur qualification professionnelle, c’est-à-dire qu’ils effectuent des travaux moins spécialisés que dans leur pays d’origine, souvent sans rapport avec leurs compétences. Ce qui n'est bien sûr pas le cas de João, qui a enchaîné une demi-douzaine de contrats depuis son arrivée dans le pays. Mais si un jour on lui offre les mêmes conditions de travail au Portugal, il n'hésiterait pas! "Je serais à Lisbonne le lendemain... Mais c'est un rêve!"