Ses ondes ont rayonné sur l'Europe entière dès les années 30. Retour en images sur la station qui a fait la renommée du Luxembourg.

"Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans..."

Difficile, pour les plus jeunes, d'imaginer ce que représentait Radio Luxembourg dans l'Europe d'après-guerre. David Dominguez Muller a consacré une partie de sa vie à étudier l'histoire du groupe RTL, il est d'ailleurs l'auteur du livre Radio Luxembourg, Histoire d'un média privé d'envergure européenne.

Celui qui officie désormais au ministère de l'Éducation nous a rappelé que la France a eu un rôle déterminant dans sa création: "Radio Luxembourg est née d'un concours de circonstances car en France, il existait un certain nombre de radios privées dans les années 20. Mais en 1928, l'État français a décidé de mettre un terme à l'activité commerciale et privée de la radiodiffusion et d'instaurer un monopole d'État, comme en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Au Luxembourg, il y avait un vide juridique sur lequel les investisseurs français vont s'appuyer."

RADIO PARIS VA S'ÉTABLIR AU LUXEMBOURG ET DEVENIR RADIO LUXEMBOURG

Mais ce vide juridique n'était pas la seule raison. Il existait au Grand-Duché depuis 1920 une société luxembourgeoise des amis de la TSF, formée à l'initiative d'un radio-club. François Anen, un agent de Philips, et son frère Marcel installent en 1924 un émetteur de 50 Watts et de 1200 m de longueur au grenier d'un immeuble de la rue Beaumont à Luxembourg-ville.

"Il existait une station d'amateurs, poursuit David Dominguez Muller, les frères Anen de la rue Beaumont, sur lesquels on va s'appuyer pour avoir une certaine légitimité pour pouvoir déménager les activités radio depuis la France, Radio Paris pour être précis, qui va s'établir au Luxembourg sous le nom de Radio Luxembourg."

En 1929, une société privée voit le jour, la Compagnie Luxembourgeoise de Radiodiffusion. L'opération est un succès. Le 15 mars 1933, un émetteur surpuissant basé à Junglinster commence à propager les ondes de Radio Luxembourg dans toute l’Europe. Alors que la radiophonie est soumise à des monopoles d'État dans la plupart des pays, Radio Luxembourg s'affirme comme un leader européen.

"Je dirais que l'âge d'or se situe dans les années 50 et 60, estime David Dominguez Muller, avec des émissions cultes comme Zappy Max, Quitte ou double, Reine d'un jour, et aussi l'information qui jouait un rôle très important à l'époque."

En France, Europe N°1  va bousculer la vieille Radio Luxembourg à partir de la fin des années 60. L'émission Salut les copains sera un immense succès auprès de la jeunesse.

RTL

Benny Brown, animateur de 1979 à 1985 / © rtl

S'il n'a pas connu l'âge d'or, Benny Brown a tout de même vécu de belles années de Radio Luxembourg. Cet ancien soldat américain avait débarqué en 1973 à Francfort, en provenance du Vietnam, pour rejoindre l'AFN, American Forces Network.

Benny se souvient: "Ce sont Tony Prince, le directeur des programmes, et Alan King qui m'ont fait venir au Luxembourg. Quand j'ai parlé de cette proposition à ma femme, elle a eu la peur de sa vie. Elle m'a dit: tu veux faire quoi, aller où? Je lui ai répondu, c'est Radio Luxembourg, bien sûr que je dois y aller! C'est la plus grosse radio commerciale au monde."

L'Américain ne regrettera pas son choix: "On était la source N°1 pour la musique pop tout au long des années 50, 60, 70 et jusqu'au début des années 80. En particulier au Royaume-Uni car la BBC avait des règles de diffusion particulières et elle ne jouait pas ce que les gens voulaient entendreIls voulaient du rock'n roll! Et la BBC se refusait à diffuser ce qu'elle considérait comme une horreur."

David Dominguez Muller renchérit: "Pour la Grande-Bretagne, c'était vraiment une épine dans le pied. Il y avait la BBC, et que la BBC, qui avait le monopole. Le public anglais était friand des émissions de Radio Luxembourg qui étaient moins austères que les émissions de la BBC."

"ON A ÉTÉ LA PREMIÈRE STATION À JOUER LES BEATLES"

"Dans ces années-là, si un groupe était célèbre, c'est qu'il passait sur Radio Luxembourg. On a été la première station à jouer les Beatles!", se souvient Benny Brown.

L'animateur fera les beaux jours de Radio Luxembourg jusqu'en 1985, quand il rejoint RTL: "Une des raisons qui ont fait que Radio Luxembourg a été un tel succès est que nous étions tous amis. Nous faisions plein de choses ensemble en dehors de l'antenne. Je peux vous dire qu'on cachait des bouteilles de Cognac dans les tunnels de la villa Louvigny."

Mais tous les âges d’or ont une fin. Les choses ont commencé à se gâter à partir de la fin des années 80 pour empirer au début des années 90. L’évolution technologique va participer au déclin de Radio Luxembourg, notamment le développement de la modulation de fréquence qui va entraîner l’apparition de radios indépendantes locales et commerciales, favorisée par la fin des monopoles d’État.

"Le problème est à la fois lié à la technologie et aux goûts des gens, poursuit Benny. Déjà, à partir de la fin des années 70, le Royaume-Uni a enfin réalisé la popularité de musique pop. Ils ont ainsi lancé des radios indépendantes locales, cela sur la bande FM. Et là, nous ne pouvions rivaliser, nous qui étions parfois difficiles à capter. Le terrain de jeu avait changé au point que nous étions devenus un anachronisme."

Le 30 décembre 1992, Radio Luxembourg diffuse sa dernière émission. La dernière chanson programmée s’intitule Maybe in the Morning mais il n’y aura plus de matins qui chantent pour Radio Luxembourg.