Avant d'être le pays attractif que l'on connaît, le Luxembourg a été une terre d'émigration. Retour sur une spécificité de la Grande Région: le travail transfrontalier.

Rares sont les Luxembourgeois obligés de passer une frontière pour se rendre sur leur lieu de travail. Quelques centaines qui croisent des dizaines de milliers de Français, de Belges ou d'Allemands faisant le chemin inverse. Mais ça n'a pas toujours été ainsi.

"Au 19e siècle, nous rappelle Marco Wagener, Vice-Président du Conseil économique et social, le Luxembourg n’était pas véritablement un pays d’immigration mais un pays d’émigration. Il y a eu effectivement des époques où les Luxembourgeois ont quitté le pays et ont travaillé dans la région frontalière."

C'est la grande aventure de la sidérurgie qui est à l'origine des flux de travailleurs dans la Grande Région. Après une arrivée en masse de main-d’oeuvre allemande puis italienne, venue participer au développement de l’industrie lourde du Grand-Duché au milieu du 19e siècle, les salaires ont baissé. Alors a débuté une période lors de laquelle les Luxembourgeois sont partis travailler dans la Lorraine allemande ou française.

"Le développement fulgurant du travail transfrontalier, poursuit Marco Wagener, est arrivé avec le développement du secteur financier au Luxembourg. La date charnière se situe vers 1985/1986." Experts fiscaux, consultants et autres assureurs affluent vers le Grand-Duché qui n'a pas les ressources pour assurer les besoins d'un secteur qui connaît un développement économique spectaculaire. Cette tendance a été favorisée par la libre circulation en Europe découlant de l'accord de Schengen signé en 1985... au Luxembourg!

VERS UN POINT DE RUPTURE?

En 1960, le Luxembourg comptait moins de 4.000 travailleurs frontaliers, soit environ 3% de l’emploi total. Soixante ans plus tard, leur nombre a été multiplié par 50 et ils représentent presque la moitié de l’emploi total.

On peut dès lors se demander si le pays peut atteindre un point de rupture au-delà duquel il ne lui sera plus possible d’accueillir plus de travailleurs non résidents. Le Vice-Président du Conseil économique et social n'a pas de crainte sur cette question. S'il y a quelque chose à redouter pour Marco Wagener, c'est plutôt un déficit de main-d’œuvre dans une Grande Région vieillissante: "Avant, on disait qu'atteindre une population de 700.000 habitants serait un désastre.  Aujourd'hui, on dépasse ce nombre en comptant les frontaliers, et ce n'est pas la fin du monde. Il ne faut pas oublier le rôle joué par la démographie. Il se peut que le réservoir de main-d’œuvre se tarisse à l'avenir car il y a de moins en moins de personnes en âge de travailler dans les régions frontalières. Le point de rupture pourrait dès lors être une situation où il n'y a pas suffisamment de travailleurs frontaliers."