Les affiches électorales pullulent et polluent. C'est un investissement coûteux, écologiquement critiquable et finalement peu efficace.

Dans 20 jours, ce sont les élections européennes. Vu comme notre vie est impactée par les décisions du Parlement européen de manière quotidienne. Il faut aller voter le dimanche 26. Là n'est pas la question.

Qui dit élections dit campagne électorale: des débats dans la presse, des tracts dans les boîtes aux lettres, des mains serrées aux marchés, des sondages, des prises de positions, des sites internet dédiés, des réunions et … des affiches.

Devant les écoles (où sont installés les bureaux de vote) ou les mairies, des panneaux sont strictement réservés et réglementés pour accueillir les informations des différentes listes. Dernier rappel utile avant d’entrer dans l’isoloir, ces placards listent les candidats, avec ou sans photo et indiquent le numéro de liste... Admettons.

Ce qui me préoccupe ce sont les affiches qui pullulent et polluent la vue et semblent hors de tout contrôle. Et ça fait beaucoup d'affiches. Des petites sur les poteaux et les arbres et des grandes, des très grandes sur des panneaux, un peu partout, à la ville comme à la campagne, sur les trottoirs, au bord des routes.

Le long des routes, la réglementation vient de l'administration des Ponts et chaussées. Les partis font une demande de permission de voirie pour le "droit d’installer des panneaux électoraux en nombre illimité. Leur installation est soumise toutefois aux règles de bonne pratique, ceci afin de ne pas créer des situations dangereuses en matière de sécurité routière."

Le règlement ne dit rien sur l'environnement, le cadre, l'espace public, la qualité visuelle... On admet donc pendant les campagnes électorales des choses qui, en d’autres temps, sont passibles de contraventions.

DU MARKETING PLUTÔT QUE DU CONTENU

Non seulement ces affiches s'imposent à nous en permanence, défigurant nos paysages, violant nos regards, mais elles réduisent notre pensée. Car, force est de constater, que les pancartes électorales titillent tout sauf l’intelligence des électeurs. On y voit couleurs, logos, slogans qui simplifient jusqu'à le vider le fond du discours politique. Quant aux photos, elles répondent aux lois du marketing plutôt qu’aux réflexions politiques: sourire de circonstance, retouches plus ou moins maîtrisées, illustrations calibrées issues de banques d’images…

C’est donc moche, réducteur et écologiquement douteux. De plus en plus de voix se lèvent pour ne plus faire imprimer d’affiches, mais on entend généralement que les responsables politiques continuent de le faire "car les autres partis le font aussi".

UN FOLKLORE D'UN AUTRE ÂGE

Selon Herwig Reynaert, politologue à l’Université de Gand, le procédé serait en plus peu efficace: "les affiches électorales appartiennent à un folklore d’un autre âge". Tout en reconnaissant que réseaux sociaux ne pourront, dans un premier temps totalement remplacer les affiches, il évoque un moment de rupture: "Il est possible d’atteindre beaucoup de gens en ligne, surtout des jeunes, mais un certain nombre de personnes reste sur le côté."

Un parti qui aurait le courage de ne pas s’embarquer dans cette pollution visuelle pourrait utiliser cet argent pour faire un beau coup de pub. Une communication par l’absence en quelque sorte.

Vu à Amsterdam, des panneaux électoraux digitaux: une alternative écologique. / © Guy Weber