La réponse à cette question est clairement non. Non pas parce qu’"il devrait être interdit d’interdire" comme disait l’humoriste Jean Yanne, mais parce qu’une démocratie doit autoriser quelques vices et débauches pour fonctionner paisiblement.

Permettre à la population de consommer quelques drogues légales (cigarette, alcool) est une nécessité pour la paix sociale. Il n’est donc nullement souhaitable d’interdire de fumer au Luxembourg.

Néanmoins, l’économiste de bonne foi que je suis doit reconnaître qu’il a été plutôt surpris de voir le débat passionné à la Chambre des Députés le 30 janvier dernier concernant l’interdiction ou non de la cigarette en terrasse.

Cela m’a rappelé que je n’ai jamais compris l’interdiction de fumer dans les "lieux publics"  que sont les cafés, les bistrots, les bars, les discothèques, les restaurants, les brasseries, pour la simple et bonne raison qu’il me semble que tous ces endroits sont des "lieux privés" où le public se rend s’il en a les moyens et l’envie (aller en discothèque ou au resto n’est après tout pas une obligation du citoyen).

Il y a même quelque chose de "cocasse" qui fait qu’en interdisant de fumer dans des endroits "privés" (bars, restaurants, discothèques) qualifiés à tort de "lieux publics", les fumeurs qui fréquentent ces lieux sont depuis obligés de sortir s’en griller une sur les trottoirs … qui sont eux de véritables "lieux publics".

FUMER TUE... DES ADULTES CONSENTANTS

En lisant les très instructifs et complets rapports parlementaires relatifs aux lois anti-tabac de 2006 et 2013, il ressort que les priorités (très louables) du législateur étaient de sauver des vies - puisque fumer tue - et de lutter contre le tabagisme passif. Mais on ne le dira jamais assez, on ne sauve jamais une vie. En l’état actuel de la science et de la médecine: "sur une durée suffisamment longue, l'espérance de vie tombe pour tout le monde à zéro[1]".

S’agissant des fumeurs passifs que le législateur entendait également protéger, n’oublions pas qu’il s’agissait d’adultes qui faisaient le choix délibéré de se rendre dans des établissements où l'on fume. Ce sont tellement des passifs volontaires qu’on les retrouve désormais sur les trottoirs en train de discuter avec leurs amis sortis pour fumer.

"ÊTRE LIBRE, C'EST AVOIR LE DROIT DE SE METTRE DES CHAÎNES"

Dès lors, le bon sens économique et la primauté de la libre entreprise plaident pour la libre concurrence dans le secteur Horeca concernant la cigarette.

Concrètement, cela veut dire laisser aux hôtels, bars, discothèques, restaurants, le choix d’être des endroits fumeurs et/ou non-fumeurs, et permettre aux clients d’avoir la possibilité de discriminer - en fonction du prix et de la fumée - où ils veulent se rendre. Tout comme il existe des restaurants végétariens, des restaurants "mixtes", et des "steak-house", rien n’empêche que dans une économie de marché cohabitent des restaurants, bars, discothèques fumeurs, d’autres non-fumeurs, et d’autres à la fois fumeurs et non-fumeurs. Parce qu’ "être libre c’est avoir le droit de se mettre des chaînes si cela nous chante" et que le Luxembourg est une économie de marché,  ce serait à n’en pas douter la situation Pareto-optimale.

LA DICTATURE DÉMOCRATIQUE

À mon humble avis, les seuls endroits où il semble être légitime et rationnel d’interdire de fumer sont les lieux véritablement publics (hôpitaux, écoles, salles de sport, piscines), et les endroits privés où il y a des enfants (voiture personnelle, aires de jeux, domicile familial si les parents ont des enfants mineurs à charge).

Pour tout le reste, on devrait laisser au consommateur le choix, car comme disait le Conseil d’État dans son avis de 2006, "le marché constitue l’idéal démocratique, laissant au consommateur non seulement le choix du produit mais aussi celui de la quantité, alors que les solutions politiques moyennant législations arbitraires et répressives n’offrent guère de choix, sont moins nuancées et s’apparentent davantage à la dictature, fût-elle démocratique".

[1] Voir : Sexe, drogue... et économie. Pas de sujet tabou pour les économistes! par Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia.