16.000 Individus détiennent les trois quarts du potentiel foncier du Grand-Duché. 160 Individus se partagent le quart de la valeur totale du potentiel foncier. Les prix du logement, eux, explosent à tel point que le salaire devient presque insignifiant quand il s’agit de se procurer l’une des nécessitées les plus basiques : un toit au-dessus de la tête. 

Luxembourg, nous devons parler. De manière controverse, sans tabou et si possible sans trop d’émotion. Lydie Polfer, la bourgmestre libérale de la Ville de Luxembourg, a raison quand elle dit qu’il faut apporter un regard « différencié » aux études du LISER au sujet de la concentration du foncier. Pas tous les terrains ont la même valeur par exemple. Les propriétaires, quant à eux, jouent leur rôle quand ils défendent la propriété privée, qui s’acquiert ou qui s’est acquise par le travail.

Et pourtant : "Le Luxembourg traverse actuellement une grave crise de logement (…) qui risque de déboucher sur une grave crise sociale", lisait-on dans le rapport intermédiaire de la commission spéciale "logement" de la Chambre des députés du 15 novembre… 1990.

VIVRE-ENSEMBLE

Depuis, la politique déclare d’année en année : "Il faut construire plus, il faut mobiliser davantage les communes, il faut miser sur la location". Je ne peux plus l’entendre. Comme le montrent les chiffres du Statec, le nombre de bâtiments achevés n’a pas vraiment augmenté depuis. En 1993 par exemple, plus de logements neufs entraient sur le marché qu’en 2014. La population en revanche a, elle, augmenté de 380.000 à 600.000 en 30 ans. Même un membre de la Chambre de Commerce l’admettait récemment : à l’époque 300.000 luxembourgeois se partageaient le territoire. Désormais c’est le double.

Et nous menons un débat sur la croissance au Luxembourg? C’est d’un débat sur le vivre-ensemble dont nous avons besoin !

ÉGALITÉ DES CHANCES

Imaginez une seconde trois personnes qui habitent un logement, dont une personne occupe la chambre principale et le salon. S’y ajoutent chaque deux mois une personne, mais personne ne cède de place aux nouveaux arrivants. Comment, dans de telles circonstances, peut-on s’imaginer les habitants vivre ensemble ?

Le Luxembourg devient-il "une société de rentiers et d’héritiers ?", s’interrogeait l’économiste Gérard Trausch en 2015 déjà.

Afin d’assurer que le Grand-Duché ne soit pas entre les mains de la poignée d’ "happy few" (les rares privilégiés, ndlr), il faut briser le tabou de l’imposition du capital. Il ne s’agit pas là de socialisme ou communisme mais d’égalité des chances.

POUVOIR PRIVÉ

Tout comme l’imposition du travail, celle du capital devrait être minimale, juste et progressive. Elle ne peut pas être inexistante. En effet, l’impôt foncier est – au Luxembourg – extrêmement bas et même pas perçu dans grand nombre de communes. L’impôt sur la fortune a été aboli. L’impôt sur l’héritage en ligne directe n’existe pas. Racontez cela à l’étranger pour voir.

Reste à souligne qu’un impôt sur l’héritage en ligne directe doit être progressif. Des parents qui souhaitent transmettre un logement par enfant ou même grand-enfant ne devraient pas être imposés. En revanche le Luxembourg compte quelques individus qui fêtent leur centième acquisition. Des promoteurs ne savent même plus par cœur combien de biens ils ont.

Certes, la problématique du logement doit être abordée de manière différenciée. En effet, les modestes propriétaires ne doivent pas être traités comme les grands propriétaires. Qu’est-il arrivé au fameux slogan des "épaules larges" ?

LOGEMENTS INOCCUPÉS

Afin d’agir contre la spéculation, le Luxembourg doit se doter de modèles canadiens. Il s’agit là d’une part de taxer raisonnablement les investissements étrangers dans l’immobilier – au Luxembourg cela devrait davantage viser les sociétés immobilières et fonds d’investissement spécialisés. D’Autre part il s’agit d’une taxe très modeste sur les logements inoccupés, lorsque le propriétaire ne peut prouver qu’il rénove le logement, qu’il le loue ou qu’il l’occupe lui-même. Price Waterhouse Coopers – certainement pas une organisation gauchiste – a même plaidé pour ces instruments et les effets de ces mesures au Canada porteraient leurs fruits.

Et pour finir citons l’ancien président américain Franklin D. Roosevelt qui déclarait devant le Congrès en 1938 : "la première vérité est que la liberté de la démocratie n’est plus assurée si les gens tolèrent le développement d’un pouvoir privé au point qu’il devienne plus fort que leur état démocratique lui-même. Cela, en son essence, c’est du fascisme".

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