Selon mes collègues, j'ai un super-pouvoir : je peux prédire les retards des trains. Retour sur une dure semaine d'initiation à la mobilité durable.

Ding dong:  "En raison d'un problème à un passage à niveau, la circulation vers Luxembourg est actuellement perturbée".

Oh non. Mes poils s'hérissent, mon instinct hurle : winter is coming. Il est 9h20 et mon train Rodange-Troisvierges vient d'entrer dans une autre dimension : celle des arrêts au milieu de nul part pour une durée indéterminée.

Résident d'une ville frontalière, j'ai décidé de troquer la voiture pour les transports en commun. Selon mes calculs, cela devrait rallonger mon temps de trajet quotidien d'une heure. Pas de quoi recevoir une médaille : on est des milliers à faire ce sacrifice.

On m'a cependant prévenu: les calculs, c'est bien joli, mais ne crois pas que CFL rime toujours avec ponctuel. J'ai vite compris pourquoi. Après ma première semaine de "mobilité durable", j'avais déjà une théorie pour expliquer pourquoi les CFL ne comptabilisent pas les retards inférieurs à six minutes : et si ces trains étaient considérés comme en avance?

ALLÔ, LES CFL?

Il est 9h25. Alors que nous sommes toujours à l'arrêt, non loin de la gare d'Esch, je repense à cette femme qui, mardi, a fait un truc impensable: appeler le service réclamation des CFL. Je l'ai entendu vider son sac. Sur ce nouveau retard non justifié. Sur le manque de trains le soir. Sur le tram "qui sert surtout à faire beau pour les touristes"…

Inutile? Qui sait, ça se trouve, elle était la première à oser les appeler. Chère madame, si vous lisez ces lignes, contactez-moi, nos lecteurs ont le droit de savoir ce qu'a répondu le S.A.V. des CFL!

*DEMAIN, IL FERA BEAU ET LE TRAIN RB6715 AURA DU RETARD*

Les minutes défilent. Cette fois-ci, c'est certain, je vais être en retard. J'envoie un mot d'excuse aux collègues. Encore un. J'ai fait carton plein cette semaine. Même le mercredi, quand j'ai dû prendre exceptionnellement la voiture, bim, accident et bouchon sur l'A4.

Gagné. Ils m'envoient un message sur Facebook : "À partir de maintenant, lorsque je partirai quelque part, je demanderai à Romain quel moyen de transport il choisirait... et j'opterai pour la solution inverse (smiley ptdr)".

Une telle confiance m'honore. J'ai une révélation : j'ai inventé la météo des retards! Il faut absolument que j'exploite ce don. J'ai déjà le slogan : Eh, vous! Oui, vous! Vous souhaitez rater votre train? Être en retard demain? Alors un conseil : faites comme Romain.

JE VOIS DES TRAINS QUI SONT EN RETARD.... TOUT LE TEMPS!

Depuis que je prends le train, j ai été témoin de choses étranges. Par exemple, des passagers semblent avoir développé un sixième sens.

La première fois, ça m'a fait tout drôle. Le train roulait tranquillement vers Luxembourg, lorsque j'entends quelqu'un derrière moi soupirer : "et merte…" Quoi? Qu'est ce qui se passe? J'ai peur. Puis les freins du train se mettent à crisser et le funeste "ding dong" retentit : "La signalisation nous impose un arrêt en pleine ligne..."

Je plains la pauvre femme qui a enregistré ce message. Elle doit avoir des acouphènes à force d'avoir les oreilles qui sifflent...

HOMMAGE AUX CONTRÔLEURS DE L’INCONTRÔLABLE

Un contrôleur arrive. Rendons hommage à ces hommes et ces femmes-là. Car il en faut des tripes pour affronter des hordes de voyageurs ulcérés.

Celui qui vient me voir est un modèle du genre, souriant et diplomate. Il s'excuse de la gêne occasionnée. On papote. "Je comprends les gens qui craquent. Certains ont perdu leur boulot! Si tu téléphones tout le temps au patron pour lui dire que tu es en retard..." me dit-il, avant de s'en aller poursuivre sa litanie d'excuses. En voilà un qui mériterait une médaille.

NE LÂCHONS RIEN

Bilan de cette première semaine de mobilité durable : plus dur que durable. Mais je ne me découragerai pas pour autant.

D'abord parce que je laisse aux CFL le bénéfice du doute : cette semaine était peut-être exceptionnellement compliquée. Et puis n'oublions pas le sac de noeud gordien que représente la gestion d'un trafic ferroviaire à la sauce trois frontières! Les personnes - et les robots - qui sont aux manettes dans les postes d'aiguillage mériteraient, eux aussi, une médaille!

Ensuite parce que malgré le temps perdu, c'est quand même plus reposant de prendre le train que de faire le "petit train" sur l'A4, pare-choc contre pare-choc et les dents sur le volant.

Enfin, et surtout, parce que malgré tout, c'est un sacrifice nécessaire. Car plus nous serons nombreux à emprunter cette voie secondaire, plus cela nous forcera tous à mettre la mobilité durable sur de bons rails!

Allez, pour le plaisir:

Patience...
"La signalisation nous impose un arrêt en pleine ligne..."