Circulation libre, "attestation d'identification" et "canal de communication": le ministère de l'Intérieur a publié lundi une partie de la nouvelle version de son Schéma national du maintien de l'ordre (SNMO) qui précise la place des journalistes lors des manifestations.

L'intégralité du SNMO sera diffusé dans les prochains jours, a précisé à l'AFP l'entourage du ministre Gérald Darmanin.

Le chapitre "journalistes" de la nouvelle version prévoit de garantir "la sécurité physique des journalistes" car "il est impératif de protéger le droit d'informer", ont indiqué dans un communiqué M. Darmanin et sa collègue de la Culture Roselyne Bachelot.

Ainsi, "les journalistes peuvent continuer d'exercer leurs missions lors de la dispersion d'un attroupement sans être tenus de quitter les lieux". Mais avec une restriction : il faudra qu'ils se placent de telle sorte "qu'ils ne fassent pas obstacle à l'action forces de l'ordre" dans les manifestations, qu'elles soient déclarées ou interdites, indique le document consulté par l'AFP.

En juin dernier, le Conseil d'Etat avait infligé un désaveu au locataire de la place Beauvau en annulant plusieurs dispositions du nouveau SNMO présenté en septembre 2020 et en l'obligeant à revoir sa copie.

Parmi les mesures censurées figuraient l'obligation faite aux journalistes de quitter les lieux des manifestations à leur dispersion ou la technique de "la nasse" - qui consiste à encercler les manifestants et à les retenir dans un périmètre donné.

Un mois avant la décision du Conseil d'Etat, la commission indépendante Delarue sur les relations entre la presse et les forces de l'ordre avait fait des propositions pour rapprocher les deux parties. Elle suggérait notamment le non recours aux accréditations pour la presse et l'absence d'obligation de dispersion lors des manifestations.

Le nouveau schéma affirme également qu'il est "nécessaire" que les journalistes soient identifiables, en présentant une carte de presse ou une "attestation normalisée d'identification fournie par leur employeur ou commanditaire" à partir de janvier 2022.

"Cette attestation a été validée par la profession et reconnue par le ministère public", précise le document.

- "Renouer le dialogue" -

En outre, un "référent", "formé et spécifiquement disponible", sera désigné au sein des forces de l'ordre pour toutes les manifestations et "un canal d'échange sera mis en place, sous forme d'une "boucle" de télécommunication.

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Des policiers arrêtent un manifestation lors d'un rassemblement de "gilets jaunes", le 20 avril 2019 à Paris / © AFP/Archives

Dans ce document, le ministère rappelle que les journalistes peuvent "porter des équipements de protection" et "circuler librement au sein des dispositifs de sécurité".

"Dans ce nouveau texte, pour lequel le SNJ n'a toujours pas été consulté en amont, la liberté de travailler des journalistes semble préservée", a réagi le Syndicat national des journalistes (SNJ), mais "la confiance n'est pas rétablie, alors que certains représentants des forces de l'ordre semblent en roue libre".

"Cette prise de position forte du ministère de l'Intérieur va dans le bon sens et il était important de renouer le dialogue, après quelques épisodes difficiles", s'est félicitée de son côté la CFDT-Journalistes.

La première version du SNMO publiée en septembre 2020 avait été largement critiquée par la profession et accusée de porter "atteinte à la liberté d'informer", selon une dizaine de rédactions.

La question du maintien de l'ordre fait l'objet de vives controverses depuis la vague de protestations contre la loi travail en 2016, et, surtout, le mouvement des "gilets jaunes" en 2018-2019.

Leurs défilés ont été émaillés de violentes échauffourées, de dégradations et de nombreux blessés dans les rangs des manifestants, notamment éborgnés par des tirs de LBD (lanceur de balle de défense) des forces de l'ordre.

"C'est bien que le ministère de l'Intérieur se mette en conformité avec la décision du Conseil d'Etat", a déclaré auprès de l'AFP Anne-Sophie Simpere, chargée de plaidoyer Libertés à Amnesty International France.

"Mais on attend maintenant de voir l'intégralité du SNMO car c'est toute l'approche du SNMO actuel qui posait problème, centrée sur l'usage de la force et la répression plutôt que des approches de dialogue et de désescalade", a-t-elle ajouté.

Dans une étude publiée le 29 novembre, la Défenseure des droits notait que les forces de l'ordre en France semblaient "fortement marquées par un prisme confrontationnel" et enclines à appliquer la loi avec une "approche principalement punitive".