Lancé début 2018 sur le modèle de Brut et d'AJ+, le jeune média en ligne Loopsider, 100% vidéo, vient de battre des records de viralité avec les images choquantes d'un homme noir passé à tabac par des policiers.

"Quelle journée. Ce matin, nous n’aurions jamais cru que notre vidéo allait avoir un tel retentissement. Plus de 12 millions de vues... Nous pensons très fort à Michel ce soir. Nous avons touché à quelque chose de très sensible dans la société française. Pourvu que ça dure", commentait sur Twitter la rédactrice en chef du jeune média, Camille Christophel.

Publiée jeudi matin, le sujet a été vu 12,4 millions de fois sur Twitter et a été partagé environ 380.000 fois, selon la plateforme de veille du web et des réseaux sociaux Visibrain, devenant d'ores et déjà une des vidéos les plus virales sur Twitter en France.

Sur Instagram, la vidéo affiche près de 5 millions de vues et sur Facebook, elle a été partagée 74.000 fois en 24 heures.

Le sujet, qui montre un producteur de musique, Michel Zecler, roué de coups par des fonctionnaires de police dans l'entrée d'un studio de musique à Paris, a relancé le débat sur les violences policières et suscité l'indignation d'une bonne partie de la classe politique ainsi que de nombreuses personnalités, notamment dans le monde sportif.

Derrière ce scoop glaçant, on retrouve le journaliste d'investigation David Perrotin, ancien du JDD, de Rue89 et de BuzzFeed France. C'est lui qui avait révélé à l'été 2019 que le Défenseur des droits s'était auto-saisi pour ouvrir une enquête sur la disparition du jeune Steve Maia Caniço à Nantes pendant la Fête de la musique, sur fond d'opération policière controversée.

"L'investigation était présente dès le lancement du projet en janvier 2018. Notre objectif, c'était de tirer par la main ceux qui n'allaient plus en kiosques et n'étaient plus que sur les réseaux sociaux pour leur raconter en images les histoires qui font l'actualité", explique à l'AFP Giuseppe de Martino, l'un des cofondateurs de Loopsider, ancien directeur général de Dailymotion.

- Pour les "millenials" -

A ses côtés au lancement, Johan Hufnagel, actuellement directeur de la rédaction de Loopsider, ancien numéro deux de Libération, Arnaud Maillard, ex-patron du numérique chez Discovery (Eurosport) et Bernard Mourad, ex-responsable du pôle médias du groupe SFR, qui a depuis quitté le navire.

Entre-temps, le groupe Mediaschool (CB News, Stratégies) est entré au capital à hauteur de 8%, à la faveur d'une levée de fonds de 3 millions d'euros début 2019.

Capture d'écran du producteur de musique qui s'exprime devant les médias, le 26 novembre 2020 pour raconter son tabassage par des policiers / © AFP

Comme Brut, AJ+ ou Konbini, Loopsider s'est lancé sur les réseaux sociaux avec des vidéos pensées pour les mobiles, traitant des thématiques sociétales, d'environnement et de santé, destinées aux "millenials", et a déjà sa version anglophone et hispanophone.

Le jeune média compte 70.000 suiveurs sur Twitter, 1,6 million sur Facebook et 385.000 sur Instagram. Il emploie aujourd'hui une trentaine de personnes dont la moitié sont journalistes et six sont "data scientists", des spécialistes des données qui travaillent en appui de la rédaction.

Il y a un an, Loopsider a lancé "Period", une nouvelle rubrique sur le corps, le genre et la place des jeunes dans la société qui cible notamment les jeunes femmes et compte plus de 270.000 abonnés sur Instagram.

Pour se financer, la plateforme a choisi de produire du contenu pour des marques et ça marche: avec une soixantaine de grandes entreprises clientes comme Carrefour, Veolia, Crédit Agricole, Loopsider sera rentable en début d'année prochaine.

"La rentabilité, trois ans après notre lancement, on est super fiers. Aucun milliardaire n'a investi chez nous, c'est une bonne nouvelle pour l'avenir des médias en France. Notre modèle économique fonctionne remarquablement bien", se félicite Giuseppe de Martino.