Les frères Bogdanoff sont renvoyés en correctionnelle pour "escroquerie" envers un millionnaire souffrant de troubles bipolaires, notamment pour l'avoir impliqué dans le projet avorté de relancer leur célèbre émission de science-fiction "Temps X", a appris mercredi l'AFP de sources concordantes.

Après trois ans d'enquête, un juge d'instruction parisien a ordonné ce procès pour "escroquerie sur personne vulnérable" contre les jumeaux et quatre autres personnes. "Tous avaient manifestement trouvé en cet homme +la poule aux oeufs d'or+ à même de leur procurer des fonds sous couvert de projets totalement ou partiellement chimériques", conclut le magistrat dans son ordonnance du 17 décembre consultée par l'AFP.

Cyrille P., ancien hôtelier de 53 ans malade depuis plusieurs années, s'était suicidé au cours de l'enquête, le 31 août 2018, depuis les falaises d'Etretat (Seine-Maritime).

Deux mois plus tôt, Igor et Grichka Bogdanoff, qu'il surnommait "Frère premier" et "Frère absent", avaient été mis en examen dans ce dossier.

Les jumeaux, connus pour leur transformation physique atypique et leurs ouvrages scientifiques controversés, contestent toute escroquerie et mettent en cause un ancien proche, un fils de diplomate franco-congolais surnommé "Frère sombre", lui aussi renvoyé devant le tribunal.

Le juge estime que Cyrille P. a été victime d'une "véritable machination" du trio, qui lui a fait "miroiter des investissements extraordinaires": une tentative inconsistante de relance de "Temps X", un vague projet de film promotionnel de la République démocratique du Congo ou encore l'achat d'un hélicoptère Gazelle, pilotable uniquement par Igor.

Ce dernier, en difficultés financières, avait aussi convaincu Cyrille P. de lui racheter pour 750.000 euros la moitié de sa villa parisienne, en indivision et sans pouvoir s'y installer.

A l'époque, Cyrille P. consent à tout, remet 160.000 euros en liquide et signe pour 1,5 million d'euros de chèques durant l'hiver 2017-2018.

Mais la banque, qui vient de signaler à la justice un premier cercle de profiteurs potentiels, bloque les versements.

Cet autre cercle, qui comprend un avocat, un producteur et sa fille, est lui aussi renvoyé devant le tribunal, accusé principalement d'avoir abusé de Cyrille P. pour qu'il dilapide sa fortune dans la production d'un film, intitulé "le Fruit de l'espoir".

Pour eux, le parquet avait toutefois requis d'abandonner les poursuites, puisque le film, aux conditions de production douteuses, avait réellement été produit et diffusé. Les frères Bogdanoff complétaient le casting.

Contestant ce renvoi, "les frères Bogdanoff se réjouissent" toutefois "que la qualification d'abus de faiblesse à l'encontre de leur ami ait été enfin abandonnée". "Ils n'ont en effet bénéficié d'aucun enrichissement personnel", ont réagi leurs avocats Mes Edouard de Lamaze et Éric Morain.