La défense de l'ex-producteur québécois Gilbert Rozon, jugé à Montréal pour viol et attentat à pudeur, "défie la logique", a plaidé mercredi le procureur en demandant la condamnation du dirigeant déchu du groupe "Juste pour rire" à l'issue de son procès.

La juge Mélanie Hébert a annoncé qu'elle rendrait son verdict le 15 décembre.

Le représentant du ministère public, Bruno Ménard, a tenté de démonter l'argumentation des avocats de l'accusé, qui avaient dénoncé les "incohérences" et les "trous de mémoire" de la plaignante dans son récit des faits, survenus en 1980. Ces "incohérences" justifient selon eux l'acquittement de M. Rozon au bénéfice du doute.

La victime présumée, âgée de 20 ans au moment des faits, a affirmé que M. Rozon avait tenté de l'embrasser et de lui enlever ses sous-vêtements alors qu'ils étaient seuls dans une maison au nord de Montréal. Elle avait résisté, il n'avait pas insisté et ils avaient dormi chacun dans une chambre séparée.

Ce qui s'est passé le lendemain matin fait l'objet de versions radicalement opposées.

La plaignante a dit s'être réveillée parce que l'ancien magnat de l'humour était sur elle, pour avoir une relation sexuelle. Bien que non consentante, elle avait finalement cédé pour "pouvoir passer à autre chose".

M. Rozon, 25 ans à l'époque, a dit avoir été réveillé parce que la jeune femme était "à califourchon" sur lui en train de "se faire l'amour". Il a reconnu avoir été "consentant" tout en affirmant que la relation sexuelle lui avait été imposée.

"Il inverse totalement les rôles", a martelé le procureur, dénonçant un récit qui "défie la logique" et des éléments qui "ne font aucun sens". Le témoignage de la plaignante est pour sa part "sincère et fiable", selon lui.

M. Ménard a jugé normal que la victime présumée ait oublié des détails de la scène. "On doit tenir compte du fait que c'était 40 ans en arrière", a-t-il dit.

Le fondateur du groupe "Juste pour rire" avait été éclaboussé par des accusations d'agression sexuelle en octobre 2017, qui l'ont forcé à quitter ses fonctions en plein mouvement #MeToo. Seule la plainte d'une femme avait finalement été retenue par la justice.

La défense de M. Rozon avait accusé la plaignante de l'avoir poursuivi pour "le faire payer" après #MeToo. Le procureur a pour sa part rappelé qu'elle avait dit l'avoir fait "pour sa fille", qui avait le même âge qu'elle lors des faits.