Quels sont les signes évocateurs d’un syndrome d’apnées du sommeil (SAS) ? Quels sont les risques pour notre santé ? Comment le diagnostique-t-on et quelle prise en charge thérapeutique nous propose-t-on au Laboratoire du Sommeil ? Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé le Dr Mieke Celis, pneumologue aux Hôpitaux Robert Schuman (HRS) et Elisabeth Da Silva, soignante au Laboratoire du Sommeil des HRS.

Les apnées sont des cessations temporaires (min. 10 secondes) de la respiration pendant le sommeil. Les personnes atteintes se réveillent brusquement en raison du manque d’oxygène provoqué par les apnées.

Elles font ce que l’on appelle des micro-réveils. Dr Mieke Celis : « Le diagnostic des apnées du sommeil se base sur l’anamnèse du patient et les symptômes cliniques, associés aux résultats de la polysomnographie qui est réalisée au Laboratoire du Sommeil (centre de diagnostic et de traitement des pathologies du sommeil chez l'adulte et/ou l’enfant). Lors de cet examen non invasif, le nombre d’apnées et d’hypopnées (réduction de l'amplitude respiratoire) du patient est évalué au cours de la nuit. Chez les grands apnéiques, leur saturation en oxygène dans le sang diminue fortement. Les apnées du sommeil ne doivent pas être prises à la légère. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une urgence médicale, à l’exception des chauffeurs professionnels car cette affection augmente considérablement le risque d’avoir un accident de la route. »

Les symptômes les plus souvent rencontrés lors d’un syndrome d’apnée du sommeil :

  • Ronflements avec pauses respiratoires plus ou moins longues.
  • Somnolence diurne et manque d’énergie.
  • Besoin d'uriner qui se manifeste pendant la nuit.
  • Troubles de la mémoire et de la concentration.

Types d’apnées et traitement(s) envisagé(s) :

  • Entre 5 et 15 apnées du sommeil par heure : apnées légères - Aucun traitement ou orthèse mandibulaire.

  • Entre 15 et 30 : apnées modérées - Orthèse mandibulaire ou CPAP.

  • Plus de 30 : apnées sévères - CPAP toujours recommandée.

Elles concernent qui ?

Plus fréquentes chez les personnes obèses, les apnées du sommeil concernent les patients dont le poids est « normal » et qui ont, par exemple, une obstruction des voies respiratoires supérieures (nez, gorge). Bien que les hommes aient un risque plus élevé d’être atteints d’apnées du sommeil, les femmes présentent un risque identique à partir de la ménopause. La prédisposition génétique n’a pas encore été bien démontrée.

Questionnaire d’Epworth

L’échelle d’Epworth est utilisée par les professionnels de la santé pour évaluer le niveau de somnolence diurne, dans des circonstances particulières de la vie quotidienne (lire un livre, regarder la télévision, être assis au théâtre…). Un score total supérieur à 15 signifie que nous présentons des signes de somnolence diurne excessive. Pour établir un diagnostic d’apnée du sommeil, le médecin demandera de compléter ce test par un examen polysomnographique au Laboratoire du Sommeil.

Apnées du sommeil et conséquences sur la santé :

  • Risques cardiovasculaires.

  • Diabète.
  • Hypertension artérielle.
  • Dépression (associée généralement à la fatigue chronique).
  • Irritabilité.
  • Troubles sexuels.

  • Répercussions professionnelles en raison de la somnolence diurne, des troubles de la mémoire et de la concentration.

Traitement par CPAP

La CPAP (Continuous Positive Airway Pressure) est le traitement le plus efficace et le plus couramment utilisé pour agir sur les apnées du sommeil. Il permet aux patient de récupérer une bonne qualité de sommeil à condition de porter le masque chaque nuit (sans exception).

Le traitement par CPAP consiste à administrer de l’oxygène sous pression positive au moyen d’un masque nasal ou facial pour empêcher l'affaissement des parois du pharynx. Dr Celis : « Un traitement par CPAP est envisagé à partir d’apnées modérées, avec des plaintes importantes du patient et des co-morbidités associées (hypertention artérielle, problèmes cardiaques…). Ce traitement par pression positive continue doit être poursuivi à vie, sauf dans le cas où une perte de poids réduit suffisamment la fréquence des apnées. Cependant, il est très rare qu’une perte de poids importante marque l’arrêt du port de la CPAP. Le poids est un facteur majorant des apnées du sommeil mais il n’est pas le seul… Il sera alors demandé au patient de revenir pour faire une polysomnographie. Selon les résultats, il sera possible de diminuer la pression d’air positive administrée. »

« Le masque est silencieux, confortable et généralement très bien toléré. L’efficacité du traitement va dépendre surtout de la rigueur et de l’observance des patients. Le port de la CPAP nécessite un temps d’adaptation, mais généralement les patients voient vite les effets positifs du traitement. », tient à préciser Elisabeth Da Silva.

Autres alternatives

Un appareil dentaire porté durant la nuit peut aider à maintenir les voies respiratoires ouvertes. Ce dispositif avance la mâchoire inférieure de quelques millimètres et agrandit ainsi le passage pour l'air dans le pharynx. Il est surtout indiqué dans les cas d’apnées légères ou modérées.

Certains traitements chirurgicaux sont pratiqués, mais sans forcement avoir des résultats probants (sauf pour le retrait des amygdales).

Consultations soignantes

La consultation soignante au Laboratoire du Sommeil est l’occasion d’expliquer au patient le fonctionnement et l’entretien de la machine ainsi que de fixer avec lui ses propres objectifs de santé. Elisabeth Da Silva : « Nous proposons une prise en charge thérapeutique et éducationnelle personnalisée. Certains patients vont adhérer tout de suite au port du masque, d’autres vont avoir un blocage au début. Nous devons toujours nous adapter en fonction du vécu des patients, de leurs ressentis, et de la manière dont ils envisagent leurs traitement. »

Plusieurs consultations soignantes sont ainsi prévues pour le suivi des patients :

  • Consultation de fin d’essai.
  • Consultation à 6 mois après la période d’essai et ensuite une fois par an.
  • Consultations intermédiaires si problème technique (masque cassé…) ou modification du traitement.

Ne banalisons pas une somnolence diurne

La somnolence diurne n’est pas uniquement la conséquence des apnées du sommeil, il peut s’agir d’une dépression ou encore d’une mauvaise hygiène de vie du sommeil (écrans tard le soir, consommation d’excitants en soirée, repas trop copieux le soir…). Dans tous les cas, il est important de ne pas banaliser une fatigue diurne et de consulter un médecin à partir du moment où la fatigue perturbe votre vie quotidienne.