A 2 ans, Yan connaissait tous les pays du monde. Ses parents ont d’abord pensé qu’il était un enfant précoce. Il a finalement été diagnostiqué à 8 ans.

Depuis tout petit, te sentais-tu différent des autres ?

"Oui, j’ai toujours eu des difficultés à décoder les comportements et les émotions des gens, et leur incompréhension envers moi me gênait. En grandissant, j’ai pu prendre du recul et me dire que cela n’avait finalement pas d’importance : chaque être humain est différent. Nous avons tous nos défauts et nos qualités."

Quel regard portes-tu sur ton suivi orthophonique ?

"J’ai été suivi par une orthophoniste durant 3 ans et j’en tire un bilan très positif. J’ai fait des progrès en communication orale. Auparavant, je ne parlais principalement que de mes centres d’intérêts, à savoir les compagnies aériennes et les nouvelles technologies de la communication (Smartphone, montre connectée…). Aujourd’hui, je suis capable d’aborder d’autres sujets de conversation avec ma famille, mes amis, voire même avec de nouvelles connaissances. J’ai également appris à lire moins rapidement un texte, et à reprendre ma respiration dans le respect de la ponctuation. Désormais, je comprends mieux les métaphores (« Il pleut des cordes »), l’implicite, le second degré… Et j’arrive même à dire de petits mensonges de temps en temps, même si je suis toujours autant respectueux des règles. La prise en charge orthophonique m’a permis également de  mieux décoder mes émotions (et celles des autres !), de les affiner, de les canaliser et de les communiquer."

Utilises-tu le langage visuel avec ta famille ?

"Oui, lorsque j’en ai besoin. C’est le cas notamment quand je veux évoquer des questions sur mon avenir avec mes parents, quand j’ai difficile à gérer mes émotions ou un événement qui sort de la routine."

Aurais-tu encore des progrès à faire dans tes compétences sociales ?

"J’aimerais développer mon aptitude à échanger et à aborder différents sujets de conversation lorsque je me retrouve à côté de personnes que je ne connais pas ou très peu. C’est très compliqué pour moi de trouver spontanément un thème de discussion qui va intéresser d’autres personnes et de savoir comment devenir ami avec elles. Mon orthophoniste m’avait conseillé d’écouter la radio et de repérer les sujets de discussion."

Ta vie ressemble-t-elle à celle des autres adolescents de ton âge ?

"Oui, bien sûr, à l’exception que je poursuis ma scolarité à domicile. Vers l’âge de 8-9 ans, je préférais être entouré d’adultes. Aujourd’hui, j’aime partager des moments de complicité avec des jeunes de mon âge et je prends plaisir à discuter avec eux. J’ai un petit cercle d’amis, et cela me convient très bien. J’apprends à jouer la comédie en me rendant tous les jeudis soir à un atelier de théâtre situé dans le quartier de Neudorf (près de Strasbourg). Jouer au théâtre me plait beaucoup. J’ai une excellente mémoire visuelle et je lis énormément de romans, ce qui me permet d’apprendre très facilement mon texte. Comme tout acteur, je suis sujet au trac, mais dès que je monte sur scène et que je dois me concentrer sur mon texte, la peur s’envole. M’exposer devant un public, cela ne m’impressionne pas du tout ! Il faut dire que ce n’est pas la première année que je fais du théâtre. Le mois prochain, je réaliserai un film avec un ami."

Quel métier voudrais-tu faire plus tard ?

"Je voudrais travailler dans le domaine de la santé (infirmier…) ou de la protection des personnes (gendarme…). Si mon travail peut aider les personnes autistes à progresser dans le développement de leur autonomie et de leur intégration dans la société (psychologue, professeur de Mindfulness…), cela me plairait aussi !"

Un témoignage recueilli par l'équipe de Letz Be Healthy.