Au Luxembourg, le secteur de l'Horeca est en crise de personnel. Un pizzaïolo témoigne de ses difficultés à recruter.

"Dans notre secteur, c'est la catastrophe." La crise que traverse le milieu de l'Horeca n'est peut-être pas nouvelle, mais le covid n'a certainement rien arrangé. Au contraire. Depuis plusieurs mois, les restaurants font face à une pénurie de serveurs et de personnel au sens large. Même au Luxembourg, où les salaires sont plus élevés que chez ses voisins.

Preuve en est avec ce pizzaïolo d'une quarantaine d'années, chef d'entreprise, qui s'est installé au Grand Duché il y a 7 ans. Il a perdu le pizzaïolo qui l'épaulait depuis 5 ans, à la mi-janvier et ne lui a toujours pas trouvé de remplaçant à temps plein. "Je le payais 4.000€ nets, 3.980€ pour être exact" nous explique t-il. "Je l'avais augmenté plusieurs fois mais là, je ne pouvais pas faire plus. Il a préféré partir. Pourtant il était logé gratuitement, il avait internet et quand il voulait manger ou boire un verre, il n'avait qu'à descendre dans la pizzeria. Mais durant la période du covid, il voyait que tout le monde restait à la maison en percevant du chômage et qu'avec quelques extras, ça suffisait pour vivre."

UN BON SALAIRE NE SUFFIT PLUS

Notre chef, qui préfère garder l'anonymat, a beau contacter le Forem (l'office wallon de la formation professionnelle et de l’emploi) et l'Adem (l'agence pour le développement de l'emploi au Luxembourg), on n'a rien à lui proposer. "Et quand je trouve du personnel qui vient d'ailleurs, on ne veut pas leur accorder de permis de travail sous prétexte qu'il y a assez de candidats au chômage ici..."

Du coup, il s'adapte en réduisant le nombre de couverts par service. "Je fais en fonction du personnel que j'ai. Je remplis ma terrasse à moins de la moitié. Pareil à l'intérieur. En parallèle, mes charges sont les mêmes, la marchandise a augmenté, l'électricité a augmenté, le gaz a augmenté. Je ne sais pas où on va mais l'hiver va être très dur."

Notre chef a déjà fermé un autre de ses restaurants début juin, faute de personnel. Depuis, il jongle avec d'anciens employés, des "extras" ou des apprentis. "Deux pizzaïolos viennent de Liège, ils sont logés deux ou trois jours par semaine. Une autre vient de Bascharage à mi-temps. Je paie l'essence et les primes. J'ai un apprenti pizzaïolo de Thionville que je vais former cet été. Mais je sais déjà qu'il va partir à la rentrée. C'est très compliqué. Pour moi, c'est une perte de temps et d'argent... Alors j'essaie de m'en sortir avec des membres de ma famille."

Mais quel est le problème ? Pour notre chef pizzaïolo, le salaire à lui seul ne suffit plus à attirer de bons cuisiniers. "Aujourd'hui, les gens veulent du confort au niveau des horaires, même dans notre secteur. Tout le monde veut faire ses 8 heures, rentrer à la maison tout en restant très bien payé. Mais moi, je ne peux pas vendre mes pizzas à 20 ou 25€, ce n'est pas possible. À ce rythme-là, il faudrait que je m'aligne sur les salaires suisses, limite !"

Il en veut aussi "au système qui est mal fait", même s'il ne remet bien sûr pas en cause la nécessité d'un système de chômage. "Si on arrive à percevoir des allocations chômage conséquentes et qu'on économise du temps, l'argent des trajets, l'assurance etc. Pourquoi travailler ?"

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