Presqu'une semaine après leur réouverture complète, les restaurants du Luxembourg voient revenir peu à peu les clients. Mais les autotests freinent le passage à table.

Ce dimanche, cela fera une semaine que les restaurants du Luxembourg sont autorisés à rouvrir totalement, c'est-à-dire en intérieur, un mois et demi après que le gouvernement ait permis l'ouverture des terrasses. Les clients sont-ils au rendez-vous ?

Dans la capitale luxembourgeoise, Gabriel Boisante, fondateur et dirigeant de plusieurs bars et restaurants au Luxembourg (le Paname, le Bazaar, l'Urban, le Mamacita, le Coppers et l'Amore) a senti qu'il y a eu "un round d'observation". "Les gens sont en majeure partie dehors." Néanmoins, les couverts à l'intérieur "augmentent de jour en jour". "Le fait de devoir fermer à 22h nous oblige à n'avoir qu'un seul service le soir. Les gens ne vont pas venir manger à 17h30 juste pour faire plaisir aux restaurateurs. Avec le télétravail, on a moins de monde en journée et la météo n'aide pas trop pour le moment. La marge de manœuvre est faible mais ça nous permet d'entrer dans une première phase de retour à la normale. Je préfère voir le verre à moitié plein."

C'est d'ailleurs la période qu'il a choisi pour ouvrir son nouveau bébé, l'Amore, rue du marché aux herbes, non loin de l'Urban. Un bar "à vins et à bulles", qui propose "des cépages oubliés et une carte de plats orientés vers la mer." 

La Villa de Camille et Julien, au Pulvermühl, a rouvert mardi. "C'est assez calme" concède Camille Tardif, la compagne du chef Julien Lucas. Le couple a repris la Villa en juin 2020, au lendemain du premier confinement, avant de devoir fermer 5 mois plus tard. Autant dire qu'ils n'ont pas été gâtés par les événements... "On a encore notre réputation à faire, peut-être que ça joue aussi" s'interroge t-elle. Le restaurant a fait entre 4 et 12 couverts de mardi à vendredi, sur une capacité d'une trentaine de couverts.

LES AUTOTESTS POSENT TOUJOURS QUESTION

Au Kirchberg, L'Avenue affiche "complet en terrasse quand il fait beau, comme jeudi et vendredi" répond le chef Arnaud Deparis. "Mais dès qu'il pleut et qu'il faut se faire tester, les gens ne viennent pas." Le nombre d'autotests délivrés gratuitement par le gouvernement -"400 pour trois restaurants et un bar"- n'est pas suffisant. Du coup, le responsable a dû en acheter et les refacture aux clients, 3€. "Les gens râlent, ce n'est pas évident." 

"Il y a clairement des gens que ça freine" renchérit Camille Tardif. Pourtant, dans son restaurant gastronomique, un espace a été réservé aux autotests afin de laisser un peu d'intimité aux clients. "On essaie de rendre ce moment le moins désagréable possible." Quant aux tests PCR de moins de 72h et aux tests rapides de moins de 24h que les clients peuvent présenter, "il n'y a pas vraiment de vérification possible... On nous demande d'appliquer des mesures, mais leurs contours n'ont pas été clairement définis, même si les clients se prêtent au jeu."

Dans la capitale, Gabriel Boisante et ses équipes n'ont d'autre choix que de faire passer les autotests à table. "On n'a pas toujours beaucoup d'espace à l'intérieur et on ne peut pas laisser 40 personnes sur le trottoir." Chaque client enlève son masque le temps du test et passe commande une fois que celui-ci s'avère négatif.

Pour celui qui est également conseiller communal socialiste de la Ville de Luxembourg, "les consignes ont été assez claires quant à la façon de passer les tests et d'accueillir les clients. Mais il y a eu quand même pas mal d'interrogations: que faire en cas d'autotest positif ? Qui doit-on prévenir ? On a fait un petit travail psychologique avec nos équipes pour ne pas laisser une ambiance anxiogène s'installer. Il faut faire preuve de pédagogie et de patience envers nos clients. Ce n'est pas un réflexe naturel de se trifouiller le nez avant d'aller manger..."

Aucun de ces restaurateurs n'a eu à gérer de cas positif pour le moment. "Tant mieux car ce serait vraiment un bordel à gérer!" souligne Arnaud Deparis.

LE WEEK-END DE PENTECÔTE S'ANNONCE TRES CALME

Ce premier week-end post-réouverture des restaurants, au Luxembourg, s'annonce calme pour Gabriel Boisante et ses établissements. "C'est très variable en fonction des quartiers. On affiche complet dans certains restaurants. Mais c'est un week-end de trois jours, on s'attend à ce que les gens partent profiter du soleil ailleurs." Même chose au Kirchberg, à L'Avenue, où Arnaud Deparis a l'habitude des samedis soirs très calmes...

A la Villa de Camille et Julien, on attend plus de monde ce samedi soir que depuis le début de la semaine: 14 couverts étaient enregistrés la veille. "On déplore quelques annulations, c'est très difficile de savoir pourquoi" explique néanmoins Camille Tardif.

Bref, "on est content de retravailler, et on peut encore s'appuyer sur le chômage partiel et sur les aides" positive Gabriel Boisante. "Mais pour gagner de l'argent, c'est autre chose..."