Les longues semaines de confinement en Italie pour affronter le virus ont fait chuter exportations et ventes de vin. Six mois plus tard, le propriétaire d'un des plus anciens vignobles de la péninsule se démène pour reconquérir les tables de restaurants.

"Il s'agit probablement d'une des périodes les plus agitées en Italie", estime Francesco Ricasoli, propriétaire d'un des vignobles les plus anciens de la péninsule, situé dans la fameuse zone du Chianti Classico en Toscane.

"Nous avons assisté à une forte baisse des ventes de vin, notamment dans les restaurants et bars spécialisés dans le haut de gamme", explique à l'AFP cet homme de 64 ans, 32ème baron de Brolio, dont l'arbre généalogique remonte à 1141.

Affectées de plein fouet par la première vague du virus, qui a fait plus de 35.500 morts en Italie, les ventes et la consommation de vin sont descendues à un niveau record, selon la Coldiretti, principal syndicat agricole italien.

Les exportations ont aussi baissé de 4% dans un contexte de fermeture généralisée des restaurants et bars, selon la même source, alors que l'Italie représente à elle seule un cinquième de la production mondiale de vin.

Mais "au lieu de pleurer sur notre sort comme d'autres producteurs, nous avons vu cela comme une opportunité", s'enorgueillit le baron en contemplant ses vignes, rendues célèbres par le Castello di Brolio, un imposant château en briques rouges appartenant à sa famille depuis plus de 800 ans.

UNE COMMUNICATION AUX PETITS OIGNONS

"Nous nous sommes développés dans d'autres secteurs", notamment en développant la visibilité en ligne. Les comptes du domaine sur les réseaux sociaux ont ainsi été entièrement revus et alimentés en courtes vidéos. On y voit le baron de Brolio expliquer la création de la "recette" du Chianti Classico en 1872 par l'un de ses aïeux, ou encore une jeune Sophia Loren dans un film noir et blanc au milieu des vignes en train d'aider à la vendange des précieuses grappes de Sangiovese, le principal cépage utilisé.

Des drones ont aussi été utilisés pour filmer les paysages à couper le souffle entourant le château, qui trône au milieu des collines dans la campagne près de Sienne.

"Notre idée était d'aller à la rencontre des visiteurs, au lieu que ce soient eux qui viennent vers nous", explique le baron en souriant.

Les derniers chiffres des ventes ne sont pas encore disponibles, mais le directeur technique du domaine, Massimiliano Biagi, espère bien que la plus grande partie de sa production annuelle (environ deux millions de bouteilles) sera écoulée cette année.

La fin du confinement au printemps a été suivie d'un retour des visiteurs au château, parmi lesquels de nombreux habitants de la région.

"D'une certaine façon, le confinement dû au coronavirus a été une sorte de bénédiction déguisée", juge Giovanni Manetti, président de l’Association des producteurs de Chianti Classico, au domaine voisin de Fontodi.

"Nos viticulteurs n'avaient nulle part où aller, aussi dès le premier jour (du confinement) ils ont concentré tous leurs efforts sur leurs vignobles", dit-il à l'AFP. "Et les vignes ont réagi. Elles n'ont sans doute jamais été aussi belles que cette année", s'enthousiasme-t-il.

Alors que les vendanges ont commencé une semaine plus tôt en raison de la météo, "nous nous attendons à un grand millésime", se réjouit-il.

Fondé en 1924, l'Association du Chianti Classico, à ne pas confondre avec le Chianti, est la plus ancienne d'Italie et compte pas moins de 515 membres, soit 97% des producteurs.

A l'origine symbole de la Ligue militaire du Chianti, une institution politico-militaire du XIIIème siècle mise en place pour gouverner des municipalités autour de Florence, le coq noir représente encore aujourd'hui l'esprit combatif et la solidarité des viticulteurs de la région.

L'Association a mis en place une série de mesures pour soutenir les producteurs, notamment des accords de financement avec les banques.

Un autre projet, baptisé "Faites de la place à votre table pour un producteur", a permis d'organiser une trentaine de soirées autour de Florence et Sienne pour mettre en valeur divers vignobles à travers des séances de dégustation dans les meilleurs restaurants de la région. Un concept que l'Association espère étendre à toute la péninsule.

Au domaine Ricasoli, les vendanges battent leur plein pour la récolte des grappes de Merlot, le premier vin entrant la composition du Chianti Classico qui doit contenir au moins 80% de Sangiovese.

"Bien sûr que le Covid-19 nous inquiète, nous devrons probablement vivre avec encore un moment", admet le baron de Brolio en regardant passer de petits tracteurs transportant la récolte.

"Mais ce qui me préoccupe en ce moment, c'est comment empêcher les sangliers de manger mon raisin!" lance-t-il en montrant les dégâts causés par ces animaux dans une de ses vignes.