Tombée amoureuse du whisky après la Libération, la France, pays du cognac, reste fidèle à cet alcool "viril et authentique", en le francisant un peu avec s

Le whisky et le rhum étaient l'an dernier les spiritueux les plus achetés en France (78% et 77%) contre 46% pour le cognac, selon une étude Ipsos réalisée pour la 16e édition de Whisky Live Paris, le plus important salon du whisky en Europe dont la fréquentation a été multipliée par 10 depuis son lancement.

"Pendant la Seconde guerre mondiale, les Anglo-Saxons sont arrivés avec suffisamment de marketing et ont vraiment convaincu les Français de se mettre au whisky. On voit tout cet imaginaire s’épaissir ces dernières années", a déclaré à l'AFP Nicolas Le Brun, programmateur du salon qui s'achève lundi.

"L'image du whisky, un alcool d'homme, s'est faite à travers le cinéma. Autour du cognac il y a des préjugés, on ne va pas parler de virilité, plutôt +il faut être aisé pour le consommer+", analyse Simon Cholet du Bar Symbiose à Bordeaux qui participe au volet cocktails du salon.

Avec 150 millions de bouteilles de whisky par an, la France est l'un des marchés les plus importants au monde.

Distillerie familiale en Bretagne depuis 120 ans qui produisait des liqueurs, Armorik s'est mise au whisky dans les années 1980 parce que "c'est un spiritueux celte par excellence" / © AFP

"Cette passion n'est pas seulement celle du buveur, mais aussi celle du connaisseur", assure Nicolas Le Brun.

MADE IN FRANCE

Distillerie familiale en Bretagne depuis 120 ans qui produisait des liqueurs, Armorik s'est mise au whisky dans les années 1980 parce que "c'est un spiritueux celte par excellence", raconte David Roussier, représentant de la maison, l'un des pionniers du whisky made in France.

"Le whisky est plus simple à appréhender: il y a un côté très pragmatique et authentique dans le whisky écossais", explique-t-il.

Il reconnaît que la maison a mis du temps à convaincre qu'on pouvait faire du whisky en France. Mais depuis quelques années "le whisky français surfe sur une vague plutôt positive" avec le désir de consommer écologique et local.

Le premier intérêt pour Armorik "c'est le côté whisky français, breton", souligne David Roussier qui écoule 60% de sa production en Bretagne mais exporte aussi vers l'Allemagne, l'Amérique du Nord, le Japon ou l'Autralie. Ensuite "on revient pour le goût".

La distillerie urbaine est une autre façon de produire en France.

Epicier, Nicolas Juhlès a décidé de lancer en 2015 La Distillerie de Paris pour être au coeur des mondes bouillonnants de la cuisine, de la parfumerie et du design. "Je me suis battu pendant plusieurs années pour servir le whisky avec du fromage, c'est magnifique", se réjouit-il.

DANS LA HAUTE CUISINE

Des bouteilles de punch en vente sur un marché de Fort-de-France le 1er septembre 2012 / © AFP/Archives

Au Bar Symbiose, restaurant gastronomique à Bordeaux, Simon Cholet incorpore les boissons dans les plats. Un bouillon de volaille aux champignons et au thé Pu Erh sur du whisky accompagne ainsi le pigeon.

A Paris, dans un restaurant triplement étoilé, l'expérience est encore plus radicale: le chef Pierre Gagnaire a imaginé tout un menu autour du rhum qui était accompagné de vieux rhums de la maison martiniquaise La Mauny.

"Le rhum a un côté mystérieux, c'est bon et on ne sait pas ce que c'est. Le homard flambé au rhum, c'est magnifique", a-t-il déclaré.

Avec 50 millions de bouteilles vendues, "le rhum se défend très bien et a tendance à grimper", selon Nicolas Le Brun.

Grégory Marchand, producteur du rhum bio Neisson en Martinique, défend la consommation du rhum en Ti-punch, avec du citron et un peu de sucre qu'il compare au cérémonial du thé au Japon.

"En France cela peut paraître à la mode, mais aux Antilles, notre vie tourne autour du Ti-punch, pour fêter une naissance, quand on est triste, lors d'un enterrement ou quand on reçoit ses amis".