L'ensoleillement exceptionnel de l'été dernier a profité au vignoble luxembourgeois. Le cru 2018 sera exceptionnel.

Quand, en septembre dernier, nous avions participé aux vendanges à la Moselle luxembourgeoise, tous les vignerons rencontrés affichaient un large sourire: démarrées avec deux bonnes semaines d’avance, les vendanges étaient très prometteuses.

"Il y a beaucoup de raisins, ils sont bien gorgés et, surtout, ils sont sains", nous expliquait Guy Krier, vigneron indépendant à la tête du domaine Krier-Welbes.  On mesurait des teneurs en sucres dans le moût (degrés Oechsle) bien plus élevées que d’autres années, ce qui permet d’éviter l'ajout de sucres à la fermentation.

André Mehlen, contrôleur pour l'Institut Viti-vinicole avait prévenu: "2018 sera probablement un millésime luxembourgeois atypique, avec plus de corps et plus rond en raison de sa forte densité du moût."

Jamais la Moselle n’a connu un millésime alliant à ce point la quantité à la qualité: en 2003, il avait fait très beau, mais les rendements étaient faibles alors que cette année, on a pu récolter quelque 130.000 hectolitres, contre à peine 81.000 hectolitres l'année dernière, exceptionnellement basse, il est vrai.

DÉGUSTATION

Si les bouteilles de 2018 ne seront disponibles que dans quelques semaines, notamment lors de la foire Expovin qui se tiendra du 15 au 19 mai, on a pu profiter d'une dégustation au Domaine Laurent & Rita Kox à Remich.

Et, il faut bien dire que la promesse est tenue. Les vins dégustés affichent non seulement une certaine maturité, étonnante pour la jeunesse du cru, mais ils gardent l'acidité et la fraîcheur propres aux vins luxembourgeois. "De la densité et une certaine élégance", explique Yohan Nguyen, meilleur sommelier du Luxembourg 2018.

VIDEO: Le millésime 2018
Que vaut le millésime 2018?

C'est particulièrement remarquable sur le Riesling "Privilège" de Remich Primerberg qui affiche une opulence rarement constatée sur ce cépage, un côté croquant de fruits mûrs étonnant pour un vin si jeune. On a également beaucoup apprécié le Pinot gris "Privilège" de Remich Fels qui libère une acidité typique du cépage tout en n'oubliant pas le fruit.

2018 sera particulièrement recherchée pour les vendanges tardives qui ont bénéficié de la chaleur et l'ensoleillement de l'automne sans les troubles botuliques liés à l'humidité. Le Pinot gris affiche par exemple 128 Oechsle, un véritable bonbon pour les amateurs.

DE NOUVEAUX MARCHÉS

On notera les efforts du Domaine Kox pour expérimenter des techniques et des cépages pour pérenniser la vigne. Ainsi, l'appellation Rhäinfrench qui n'est autre qu'un Elbling travaillé de manière ancestrale: foulage au pied, macération avec la peau pour le moins d'intervention technique possible. Cela donne, pour le 2018, un vin franc, aux notes d'agrumes et de fleur d'oranger qui offre une étonnante longueur en bouche.

Cépages résistants aux maladies, techniques de vinification anciennes (en amphore), vins végétaliens, vins sans sulfites... L'arsenal des solutions envisagées doit permettre d'envisager l'avenir au sens environnemental, mais aussi économique. Ces vins de niches étant très porteur sur un marché déjà très concurrentiel où les vins étrangers font de l'ombre aux vins luxembourgeois qui ont du mal à sortir leur épingle du jeu.

VIDEO: Le marché du vin luxembourgeois
Yohan Nguyen et Laurent Kox donnent leurs opinions.

"La communication, l'éducation font défaut y compris chez les sommeliers pour bien faire connaître et vendre les vins luxembourgeois", estime Yohan Nguyen. Laurent Kox pense quant à lui que "le millésime 2018 va nous permettre de conquérir des marchés."