Avec la pandémie de coronavirus, un nouveau vocabulaire et de nouvelles expressions ont fait leur apparition.

Face à une situation inédite, notre vocabulaire s'adapte. Nous avons besoin de nommer ce que nous vivons et de trouver des mots communs pour décrire cette expérience.

Ce ne sont pas nécessairement des créations de mots, mais des mots sortis du dictionnaire parce que tout à coup, ils deviennent justes pour décrire une réalité.

(NOUVEAU) CORONAVIRUS

Les coronavirus constituent une famille de virus dont certains peuvent infecter les humains, entraînant le plus souvent des symptômes bénins de type rhume, selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale.

C'est pour cela qu'on a parlé pendant quelques semaines de "nouveau coronavirus 2019".

"Corona" veut dire couronne, on lui a donné ce nom à cause de sa forme arrondie et entourée de protubérances telles une couronne.

RTL

Une forme de couronne, donc

SARS-COV-2

En réalité, la pandémie qui nous touche en ce moment est due à un type de coronavirus bien précis, le Sars-CoV-2 qui vient de l'anglais "Severe Acute Respiratory Syndrome COronaVirus 2" (pour "coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère")

Ce nom a été choisi car le virus est génétiquement apparenté au coronavirus responsable de la flambée de Sras de 2003. Bien qu'apparentés, les deux virus sont différents.

COVID-19

C'est le nom de la maladie déclenchée par le coronavirus Sars-CoV2, celui qui nous préoccupe aujourd'hui. L'Organisation Mondiale de la Santé l'a baptisée Covid-19 mi-février: "Co" pour corona, "vi" pour virus et "d" pour "desease" (maladie en anglais) et 19 pour son année d'apparition.

PANGOLIN

Son aspect hybride entre le mammifère, qui se déplace à quatre pattes, et le poisson, avec ses écailles, fascine depuis des siècles. C’est un des animaux les plus braconnés au monde parce qu'on lui prête, notamment en Chine, des vertus médicinales.

Comme la chauve-souris, le pangolin est soupçonné d’être à l’origine du Covid-19. L’animal héberge des dizaines de virus, mais il ne tombe pas malade et transmet le virus aux autres. Vendu sur les étals des marchés en Chine, les conditions de conservation n’y sont pas optimales. Une combinaison de règles sanitaires déplorables et d’habitudes de consommations particulières pourrait constituer l’une des origines de la pandémie actuelle.

CLUSTER

Cet anglicisme signifie à l'origine "grappe" ou "groupe" dans la langue de Shakespeare. Jusqu'ici, on l'utilisait plutôt dans le domaine économique pour rassembler des entreprises d'un même secteur.

Dans le domaine médical, un cluster désigne plusieurs cas de personnes atteintes d'une même maladie et groupées autour d'un lieu précis. Dans le cas d'une épidémie, un cluster s'apparente à un foyer de contamination.

QUATORZAINE

À l'origine, le mot est utilisé dans le monde juridique. En droit, la "quatorzaine" définit un "espace de 14 jours qui s'observait légalement entre les diverses étapes d'une saisie judiciaire".

Calqué sur le mot "quarantaine" qui désignait l'isolement pendant 40 jours de personnes suspectées d'être porteuses de la peste, le mot reprend cet autre sens d'isolement.

Pour le Covid-19 la période d'incubation, à savoir le temps qui sépare l'infection de l'apparition des symptômes, est estimée "entre un et 14 jours" par l'OMS. Cela a conduit à fixer à 14 jours la période d'isolement pour les cas suspects.

CAS CONFIRMÉS

Plus on teste, plus on trouve de cas. L'expression "cas confirmés" a été préférée à "cas positifs" ou "personnes touchées" pour signaler qu'il ne s'agit pas du nombre réel et sûr de cas, mais seulement de ceux qui ont été testés positifs.

CONFINEMENT

Historiquement, le confinement est un territoire délimité. C'est devenu un mot du vocabulaire carcéral qui veut dire emprisonnement et isolement.

Au fil du temps, on a régulièrement confiné les personnes malades, en limitant leurs déplacements et contacts. Aujourd'hui, on se confine pour rester en bonne santé.

Le participe passé du verbe "confiner" n'a jamais été aussi décliné, des "interviews confinées" de personnalités à la télévision aux "concerts confinés" de musiciens.

GESTES BARRIÈRES

Ce terme n'a rien à voir avec l'entraînement matinal de Jean-Claude Van Damme mais désigne les gestes que chaque individu est invité à adopter pour réduire les risques de contamination pour soi et son entourage.

Se laver régulièrement les mains, tousser/éternuer dans son coude, utiliser un mouchoir à usage unique sont trois gestes barrières classiquement préconisés pour tenter de faire barrière au Covid-19. Le port d'un masque s'est ajouté récemment (depuis qu'il y en a assez).

DISTANCIATION SOCIALE

Ce serait dès octobre 1918 lors de la pandémie de grippe espagnole que, dans le Missouri, le médecin Max C. Starkloff aurait mis en œuvre le principe de "social distancing", interdisant notamment les rassemblements de plus de vingt personnes.

Aujourd'hui, outre les gestes barrières, la population est invitée à la distanciation sociale, à savoir rester à distance d'autrui pour diminuer les risques de contagion.

Les autorités préconisent de saluer sans se serrer la main, de ne pas s'embrasser, de se tenir à distance d'au moins un mètre les uns des autres (les directives des pays varient entre 1 et 2m), et de manière générale d'éviter tout lieu de rassemblement.

L'expression "distanciation spatiale" ou "mise à distance" eut été préférable pour souligner les effets dans l'espace plutôt que la séparation.

CHLOROQUINE

Cette molécule de synthèse est utilisée dans le traitement contre le paludisme. La mesure de l'efficacité de la chloroquine contre le virus SARS-CoV-2 a été est très discutée et a créé la polémique.

Dans l’attente d’un hypothétique vaccin contre le Covid-19, les scientifiques travaillent sur plusieurs médicaments existants comme la chloroquine et sa molécule dérivée: l’hydroxychloroquine. Celle-ci est notamment présentée comme un remède miracle par le professeur français Didier Raoult.

Plus prudents, d’autres membres de la communauté scientifique critiquent la précipitation autour de l’hydroxychloroquine et mettent en garde contre ses effets secondaires, notamment cardiaques.

Plusieurs études sont en cours pour confirmer ou non l'efficacité de ce médicament.

SKYPÉRO (WHATSPÉRO, E-PÉRO)

Le confinement a amené la population à faire beaucoup de sacrifices, mais il fallait plus qu'un virus pour venir à bout du rituel du bon vivant par excellence: l'apéro! La technologie a permis aux "apôtres" de la convivialité de maintenir cette tradition en version virtuelle... Sauf qu'on n'entend plus le tintement des verres au moment de trinquer!

Les plateformes traditionnelles qui permettent la communication de groupe (Messenger, Skype, FaceTime), ont été rejointes par des petits malins qui ont lancé des applications dédiées, HouseParty en tête.

(EN) PRÉSENTIEL

L'adjectif a été beaucoup utilisé dans les écoles et universités pour décrire les enseignements "sur place" qui étaient annulés, alors que les cours à distance, virtuels se poursuivaient.

Ça vaut aussi pour le monde du travail qui n'a pas attendu le coronavirus pour indiquer que "la réunion se tient en présentiel" ou que les "fonctions présentielles" (gardiennage, entretien) sont maintenues.

WEBINARS, RÉUNION ZOOM, TEAMS

Puisque la collaboration "en présentiel" ne peut pas avoir lieu, les outils virtuels sont entrés dans les entreprises pour organiser des réunions internes ou avec des clients. Les logiciels Zoom et Teams ont tiré leur épingle du jeu avec des offres gratuites (qui deviendront surement vite payantes).

En plus des réunions, ce sont les "webinars" (ou webinaires en version française) qui ont inondé internet. Le mot vient de la contraction entre "web" et "seminar". Il s'agit donc d'une conférence, démonstration, formation en ligne. Un tuto en plus marketing, quoi.

MASQUES

En temps de Carnaval (ou pour les Anomymous), le masque procure un autre visage tout en cachant son sien propre. Mais en temps de coronavirus, le masque sert à se protéger et à protéger les autres contre les agents pathogènes.

Dans les pays européens, les autorités ont mis longtemps à souligner l'intérêt de l'objet et maintenant à en obliger le port.

Les différents types de masques (chirurgicaux, FFP2, cousus-main...) ne protègent pas de la même façon. Les simples masques chirurgicaux retiennent les postillons du porteur et diminuent les risques de contagion.

FFP2

Le masque FFP2, en forme de bec de canard, est plus élaboré que le masque chirurgical, car capable de filtrer l’air. Il est également étanche, pour éviter les projections. Il s’agit du modèle recommandé par les autorités pour éviter de propager le virus. Il est obligatoire pour le personnel hospitalier et les malades du Covid-19, mais pas du tout pour le grand public.

ASYMPTOMATIQUE

Certaines personnes contaminées par le coronavirus n’en présentent pas les symptômes (fièvre, toux sèche, difficulté à respirer). Elles sont dites asymptomatiques. Si aucun effet de la maladie n’est visible sur elles, elles sont en revanche capables de transmettre le virus à leur tour, ce qui complique les mesures de prévention.

TRACKING

On a tous utilisé le terme pour suivre les colis commandés en ligne. Dans le cas présent, il s'agit d'un traçage des individus par leur téléphone, via un dispositif de géolocalisation. Dans le cadre de la pandémie de coronavirus, ce suivi de la population permettrait de tracer les personnes infectées ou celles qui ont été en contact avec une personne positive.

Un tel dispositif est sujet à de nombreux débats par rapport aux libertés individuelles et à la protection des données.

DÉCONFINEMENT

C'est le mot le plus entendu cette dernière semaine et il reste inconnu du dictionnaire. Il est clair qu'il s'agit du contraire du confinement ou plus précisément de mettre fin au confinement.

Chaque gouvernement y va de sa stratégie de déconfinement, assortie d'un plan de déconfinement. Certains ont commencé à déconfiner, d'autres préfèrent attendre... C'est sans doute LE mot le plus attendu!

PRENEZ SOIN DE VOUS

La formule a remplacé les "cordialement" et "bien à vous", à la fin de nos mails.

Jusqu'ici elle était plutôt réservée à la sphère intime pour s'adresser, par exemple, à un proche malade ou en difficulté. Avec la crise du coronavirus, "prenez soin de vous" est devenue incontournable, s'invitant dans les messages professionnels comme les discours politiques... pour le meilleur et pour le pire.