Pour certains, le petit frère du 4x4 est une hérésie économique et écologique. Au Luxembourg, une fédération défend ce nouveau champion du marché automobile.

Ils sont partout. Du petit Renault Kadjar au coupé Porsche Cayenne, en passant par le RX de Lexus (le premier SUV hybride au monde), aucune gamme n’échappe à cette cure de "grossissement" … Même la Fiat 500, l’emblématique caisse à savon italienne, a désormais sa version bodybuildée!

Qui aurait pu prédire un tel succès? Rappelons d’une époque pas si lointaine où avoir une grosse voiture vous exposait à des insultes et des rayures sur la carrosserie. "Il n’y a déjà plus de place en ville, l’avenir appartient aux petites voitures !" prédisait-on.

Grosse erreur de diagnostic. Désormais, le monde n’a d’yeux que pour ces "Sports Utility Vehicle". Plus du tiers des véhicules vendus en Europe sont des SUV.

Il faut dire que le petit frère du 4x4 sait rouler des mécaniques. Il brille de 1000 LED, exhibe ses gadgets hi-tech, et il est devenu plus sobre. Du char d’assaut, il a surtout gardé les mensurations, ce qui l’oblige parfois à jouer des coudes en ville, avant d’aller engloutir deux places de parking…

UN NON-SENS ÉCOLOGIQUE

On l’aura compris, malgré son succès, le SUV divise. "L’engouement actuel est incompréhensible", déplore l’historien de l’automobile Jean-Louis Loubet dans un entretien au Monde. "Le phénomène SUV est hors de toute logique économique et écologique" insiste-t-il.

En 2015, Tony Verhelle, rédacteur en chef d'Autogids, cherchait déjà une explication rationnelle. Et selon lui, il n'y en pas. "Ce sont des voitures qu'on achète uniquement pour la sensation. La sensation d'invincibilité. Le pouvoir". Selon Tony Verhelle, il n'est pas prouvé  que ces véhicules sont plus sûrs, et ils ne sont pas plus spacieux. Ils sont plus chers que les voitures de la même marque avec le même moteur, ils consomment plus, polluent plus et sont plus lents. Le seul véritable avantage est qu'ils sont plus hauts, ce qui améliore la vue du conducteur et permet de monter plus facilement dans la voiture.

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Depuis 2016, l'émission moyenne de Co2 des voitures neuve repart à la hausse au Luxembourg. Les SUV sont pointés du doigt... à tort, estime la Febiac. / © Illustration : SNCA

ET AU LUXEMBOURG?

Le Luxembourg n'échappe évidemment pas au phénomène. L'Autofestival, qui se déroule jusqu'au 4 février, sera une fois encore un festival de SUV.

Et c'est une bonne chose, plaide la Febiac (la Fédération belge et luxembourgeoise de l'Industrie de l'Automobile et du Cycle). "Le SUV bénéficie de l’intérêt d’acheteurs de plus en plus nombreux pour des raisons fondées. Et comme tous les autres véhicules, tire parti des innovations et améliorations constantes du secteur automobile".

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Elle estime que comparer les SUV aux 4x4 est une erreur : "Cela fait des années que les capacités hors-piste réelles des SUV sont passées au second plan pour la plupart des utilisateurs. Une grande majorité de ces voitures sont achetées en deux roues motrices et équipées de pneus de route."

LES AVANTAGES DU SUV

Et de lister les avantages du SUV : "Aussi confortables qu’une berline, aussi pratiques qu’un break ou qu’un monovolume, avec un look séduisant et dynamique, elles sont dotées d’une assise surélevée qui permet en outre de monter à bord et de descendre plus facilement."

Les adeptes des SUV manquent de conscience environnementale? La Febiac refute cet argument, chiffre à l'appuie : "si la part de marché des SUV diminuait de 50%, les émissions de CO2 moyennes ne diminueraient que de 2 grammes." Par ailleurs, "L’augmentation des émissions de CO2 [...] s’explique par le transfert des véhicules diesel vers l’essence. Les véhicules essence émettent environ 10% de CO2 en plus par rapport au diesel".

Enfin, "Le succès du SUV est aussi lié au vieillissement de la population. En 2020, un automobiliste sur trois aura plus de 60 ans. C’est précisément le public qui a besoin de pouvoir embarquer et débarquer aisément d’un véhicule".