Entre 49 et 250 euros d’amende : voilà ce que risquent les personnes qui, hier encore, ont pris le Luxembourg pour une poubelle à ciel ouvert. Est-ce assez?

Mercredi, la commune de Schieren a lancé un appel à témoins après la découverte d’une décharge sauvage sur une aire de stationnement du CR347, près d’Ettelbruck.

En cas de flagrant délit, les forces de l’ordre peuvent dresser un avertissement taxé. Celui-ci va de 49 euros pour l’abandon dans la nature de déchets dits « non problématiques » (chewing-gum, emballages, gravats…), jusqu’à 250 euros pour l’abandon de déchets plus sensibles « dans des eaux de surface ou souterraines ».

L’artisan qui vide son camion de déchets dans une forêt peut donc, théoriquement, recevoir la même amende que le fumeur qui balance son mégot sur le trottoir...

En 2018, la ministre de l’environnement Carole Dieschbourg dévoilait que 247 avertissements taxés avaient été dressés en près de 2 ans pour des déchets sauvages, pour un total de 27 000 euros. Soit en moyenne une centaine d’euros d’amende par pollueur !

Une question se pose : est-ce que ce catalogue de sanction est dissuasif?

0,09% DU SALAIRE ANNUEL MOYEN AU LUXEMBOURG

Au regard du niveau de vie au Luxembourg, on peut en douter. Prenons l’avertissement de 49 euros. Pour une personne qui gagne le salaire minimum non qualifié, soit près de 1800 euros (net) mensuel, ces 49 euros représentent  2,6% de leur revenu. Et si on se base sur le salaire annuel moyen, qui s’élevait à 50 453 euros en 2016, l’avertissement ne représente plus que 0,09% de ce salaire… Soyons honnête, cette petite tape sur les doigts n'est pas de taille à décourager les malpropres.

Ces incivilités, en plus de dégrader l’environnement, représentent aussi un coût pour la collectivité. Selon l’Administration de l’environnement, les services de nettoyage des communes collectent chaque année 1,6kg de déchets sauvages par habitant! Quant au « littering » (le fait de jeter des déchets dans les espaces publics), son coût est estimé à plus d’un million d’euros au Luxembourg, rien que pour l’intervention des Ponts et Chaussées.

© Gemeng Schieren

PRATIQUER LE RETOUR À L'ENVOYEUR?

Depuis quelques années, le gouvernement tente d’endiguer ce phénomène, en renforçant l’arsenal de répression, et en multipliant les campagnes de sensibilisation. Il a également mis en place des formulaires qui permettent aux citoyens de signaler des dépôts sauvages d'ordure et d’introduire des plaintes administratives, afin de permettre aux administrations de réagir « plus vite » et « plus efficacement ».

Mais à voir les réseaux sociaux, où chaque semaine des internautes postent de nouvelles images de déchetteries sauvages, on peut craindre que le phénomène ne soit pas près de s'arrêter.

Internautes qui, d'ailleurs, ne manquent pas d'idées. Comme le fait de sanctionner les pollueurs par des travaux d'intérêt général, comme le nettoyage des rues. Ou bien pratiquer le "retour à l'envoyeur". En ville, il arrive que les services municipaux rapportent directement les déchets à leurs propriétaires, lorsque ceux-ci laissent quelques indices, comme un courrier... À l'étranger, certains maires se sont même fait connaitre en rapportant des conteneurs entiers de déchets devant la porte des pollueurs. Qui, apparemment, retiennent vite cette leçon de civisme!