La diversité (d'origines, de langues, de cultures...) est-elle une force ou une faiblesse pour les entreprises? La réponse est moins simple qu'il n'y parait.

"Le Luxembourg est condamné à la diversité. Et quelque part c'est heureux, car le Statec nous dit qu’il faudra créer entre 110 000 et 175 000 nouveaux emplois d’ici 2035. Donc à moins que tous les Luxembourgeois ne se mettent à faire 15 enfants d’ici-là, il faudra bien des étrangers pour occuper tout ces postes" sourit Hubert Gamelon, journaliste au Quotidien et modérateur de cette soirée-débat. Le ton est donné!

"La diversité au sein des entreprises au Luxembourg : force ou faiblesse?" Plusieurs experts étaient réunis mardi soir au Café Ratelach de la Kufa (Esch-Sur-Alzette) pour débattre de cette question épineuse mais incontournable. Un chiffre : avec 73% de l'emploi occupé par des étrangers (résidents ou frontaliers), le Luxembourg est l'un des pays les plus ouverts à la diversité.

LES LUXEMBOURGEOIS, TRAIT D'UNION DE LA DIVERSITÉ

Ce qui pose une première question : comment gérer la tendance naturelle des différentes nationalités à se regrouper entre elles? "Les Luxembourgeois avec les Luxembourgeois, les Belges avec les Belges... Oui, cette tendance existe, constate Vincent Dautel, du Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (LISER). Dans les autres pays, les migrants vont souvent être mis ensemble, et se mélanger faiblement avec les nationaux. Mais au Luxembourg, le mélange est plus fort".

Il note cependant que "La diversité est la plus grande dans les entreprises où il y a une majorité de Luxembourgeois. Maîtrisant les différentes langues, les Luxembourgeois peuvent travailler facilement avec les Belges, les Français, les Allemands, sans oublier avec ceux qui parlent anglais."

QUAND LA DIVERSITÉ FAIT FUIR

Est-ce que la diversité affecte positivement ou négativement les employés? À cette question, la chercheuse au LISER Thi Thuc Uyen Nguyen va sortir des sentiers battus. "Sur le principe, la diversité permet de promouvoir l’égalité des chances. Mais son impact économique n’est pas aussi clairement établi" nuance-t-elle. "Si elle est bien gérée par l’entreprise, la diversité peut générer de la performance et du bien-être au travail. Mal gérée, elle peut aussi créer des conflits d’intérêts, de valeurs, ou de communication, et donc une baisse de la motivation et de la productivité."

Ce qui toucherait les secteurs dit "intensifs en connaissance" (recherche & innovation, technologies de la communication, etc.) : "Contrairement à certains courants de pensée, notre analyse montre que la diversité fait baisser la satisfaction des salariés et augmente la volonté de quitter les entreprises. Ces effets sont plus prononcés pour les employés hautement qualifiés et dans les secteurs intensifs en technologie et en connaissance".

LA QUESTION CENTRALE DU RECRUTEMENT

Géraldine Hassler, DRH chez KPMG Luxembourg, est plus optimiste. Il faut dire que la diversité est une évidence pour ce poids-lourd qui emploie près de 1700 collaborateurs de 65 nationalités au Luxembourg. "Ça fait parti de notre ADN, c’est une réalité. D'ailleurs, les expatriés sont souvent agréablement surpris de cette cohabitation, qui est un avantage et pour laquelle je combattrai toujours" plaide cette expatriée Belge qui a voyagé des États-Unis à la Turquie.

"La première façon de gérer cette diversité, c’est le recrutement" poursuit-elle. "Ce qui nous intéresse avant tout, ce sont les compétences techniques et comportementales, l’ouverture d’esprit. Les équipes qui fonctionnent bien ont cette diversité. On forme donc nos recruteurs pour qu'ils combattent la tendance à embaucher les personnes qui leurs ressemblent : je suis Belge, j’embauche un Belge, je suis extraverti, j’embauche un extraverti..."

Mais elle admet que la diversité demande parfois des ajustements. Par exemple, la culture horaire, "qui fait que certains arriveront plutôt en avance, d’autre en retard, d’autre pile à l’heure... Ça peut générer des conflits, donc mieux vaut s'y préparer et le gérer en amont."

APPRENDRE À PARTAGER LE POUVOIR

"La diversité en elle-même ne sert pas à grand-chose à l’entreprise. Ce qui va créer de la performance et de la créativité, c’est l’inclusion" estime Juliane Nitsche, cofondatrice de MLC Advisory et experte en bien-être et performance au travail.

"Il faut donc que le leadership ait une vraie volonté d’intégrer ces différents profils. Ce qui va des fois amener à se poser des questions difficiles, notamment au niveau des cadres, de la direction. Car accepter la diversité, cela veut dire que ceux qui ont le pouvoir doivent accepter de peut-être le partager avec les personnes issues de cette diversité !"