Vous semez vos ordures n’importe où? Vous êtes témoins de pollueurs? Le "monsieur nettoyage" de la ville de Luxembourg a un message pour vous...

Faut-il payer pour recycler ses ordures? Quels sont les quartiers les plus problématiques? Quelle est l'origine des pollueurs?

Louis Meyer, surveillant au service hygiène de la ville de Luxembourg, a accepté de nous éclairer. "Je suis en relation directe avec les 120 nettoyeurs de rue de la ville" résume-t-il. Leur travail ne se limite pas aux mégots, canettes et autres ordures que les gens jettent dans la rue. Il faut aussi passer derrière les malpropres qui font des dépôts sauvages d'ordures.

Et leur endroit préféré, paradoxalement, ne sont pas les forêts, ruelles sombres ou terrains vagues. Non, "c'est surtout à côté des stations de recyclage. On a 61 stations de collecte publique dans la ville, et chaque mois, on ramasse 35 à 40 tonnes de déchets autour de ces stations".

Malgré les panneaux d'interdiction, "les gens laissent n’importe quoi. Et c’est comme ça chaque jour. On a 11 personnes qui ne sont embauchées que pour nettoyer autour des stations, de 5h jusqu’à 19h, du lundi au vendredi. Et le week-end, on continue ce nettoyage le matin dans les plus grandes stations de recyclage. On a dû augmenter nos moyens ces dernières années, car ce n’était plus gérable sinon."

Ce qui coûte près de 860 000 euros chaque année au contribuable!

MAIS POURQUOI?

Oui, pourquoi s'embêter à déposer ses ordures juste à côté d'un centre de recyclage? Louis Meyer se désespère. "Dans certaines communes où on paie un peu pour tout, ça peut s'expliquer. Mais à Luxembourg, je ne comprends pas. Pour les habitants de Luxembourg et de Strassen, les stations de recyclage sont gratuites, tout comme notre centre de recyclage route d’Arlon."

Et surtout, "on peut aussi réaliser des collectes sélectives sur demande, à domicile, pour des déchets compostables ou volumineux par exemple. Vous voulez vous débarrasser d’une armoire? Pas de problèmes, vous prenez rendez-vous, le jour J vous laissez l’armoire devant votre porte, et on le récupère gratuitement." Et ça marche aussi bien pour la ferraille ou les appareils ménagers (lave-vaisselle, frigo, écran d’ordinateur, etc.)

"Donc c’est ça qui est frustrant, voire idiot. Les gens nous laissent des canapés, des cadres de lit, près des stations de recyclage. Mais ils pourraient tout simplement nous appeler, et quelques jours après, on viendrait chez eux pour les débarrasser de tout ça gratuitement!"

Du moins, évidemment, dans la limite d’un volume raisonnable. Mais "si vous avez beaucoup de déchets, vous pouvez louer une benne chez nous, et là vous paierez au poids, mais les prix ne sont vraiment pas élevés."

Et il enfonce le clou : "Nos conteneurs sont vidés tous les jours, donc l’excuse que les conteneurs seraient pleins ne vaut pas." Au pire, avec 61 stations ouvertes du lundi au samedi, il ne faut pas faire beaucoup de kilomètres, voire de mètres, pour trouver la prochaine station...

LE PROBLÈME DES POUBELLES DES RÉSIDENCES

La ville de Luxembourg a aussi un problème fréquent avec les poubelles des résidences. "Par exemple, la poubelle est sortie, mais comme elle est déjà pleine, des gens préfèrent poser leur poubelle dehors plutôt que de la mettre dans un conteneur à l'intérieur de la résidence. Pour nous, c’est considéré comme un dépôt sauvage", car le sac reste à la merci des éléments, des animaux... C'est sale et pas très beau à voir!

Il fustige aussi ceux qui remplissent les poubelles publiques avec leurs ordures ménagères, alors que ces bacs sont conçus pour les déchets urbains comme les gobelets, mouchoirs, etc.

Quant aux quartiers les plus touchés de la capitale, niveau déchets, ce sont sans surprise "ceux où il y a le plus de gens qui habitent. En tout cas, on a plus de dépôts illicites à Bonnevoie qu’au Cents."

PRIS LA MAIN DANS LE SAC (POUBELLE)

Comme nous le rappelions dans un précédent article, en cas de flagrant délit, les forces de l’ordre peuvent dresser un avertissement taxé qui va de 49 euros à 250 euros (ce qui n'est pas toujours dissuasif!)

Les services municipaux sont souvent sollicités par des citoyens pour dénoncer des pollueurs. "La plupart du temps, la personne fait son mea culpa en disant qu’elle ne le fera plus jamais. Dans ce cas-là on lui adresse une facture qui est de 148 euros. Elle correspond à nos frais de déplacement, d’enlèvement des déchets, de recyclage, le personnel, etc."

Après, "naturellement, s'il y a une plainte déposée ou un flagrant délit, la personne risque des amendes de 49 à 250 euros, voire plus si le tribunal s’en mêle…"  Récemment, "on a eu un cas comme ça, une entreprise qui n’était pas de la commune qui est venue jeter ses déchets ici trois jours de suite, et comme quelqu'un a témoigné, on a déposé plainte".

Quant à l'origine des pollueurs, "deux tiers des P.V. sont adressés à des habitants de la ville". Ce qui veut dire que près de 30% des malpropres ne sont pas du coin et prennent la capitale pour une poubelle ! "Mais je remarque qu’il y en a peu qui viennent de l’étranger. Il s’agit surtout de gens qui viennent des villes voisines, qui vont travailler à Luxembourg, et qui profitent du trajet pour vider leurs poubelles n’importe où."

COMMENT AGIR?

"Si les gens voient quelque chose, un pollueur, ou même une poubelle débordante, contactez-nous" au (+352) 47 96 36 40, ou par mail à l'adresse hygiene@vdl.lu , conseille-t-il.  Il existe aussi des formulaires pour déposer plainte auprès de l'administration de la nature et des forêts.

Et la ville accepte volontiers des bras supplémentaires. "On organise régulièrement des actions de nettoyage. Des sociétés viennent vers nous en voulant faire des "team challenge", donc on définit les endroits où ils peuvent nettoyer en toute sécurité."  On notera aussi que chaque année, les sans-abris de la Stëmm vun der Strooss participent à un grand ménage de printemps dans les rues de la ville.

Cet effort, chacun de nous peut y contribuer... En commençant par respecter le travail de ceux qui nettoient la capitale!