Si l'on ne compare que les salaires, c'est toujours un bon plan de travailler au Luxembourg. Mais le constat est de plus en plus à nuancer. Explications.

À première vue, le Grand-Duché reste un Eldorado si l'on compare le niveau de vie et les salaires avec ses trois pays voisins. Régulièrement en tête du classement des pays les plus riches au monde, le Luxembourg fait encore rêver.

Le pays affiche le salaire annuel brut moyen le plus élevé de l’Union européenne selon le Statec, l'Institut de statistiques du Grand-Duché. Et le Luxembourg a, de loin, le salaire minimum le plus élevé d'Europe.

D'après les derniers chiffres du Statec, plus de 217.000 personnes viennent tous les jours de la Grande Région pour travailler au Luxembourg. Alors qu'ils n'étaient que 53.000 en 1995. Si leur nombre a été multiplié par quatre en un quart de siècle, il y a sans doute de bonnes raisons.
On fait le point sur les avantages et les inconvénients du travail frontalier.

EMPLOI ET SALAIRE

Le salaire annuel brut moyen du Grand-Duché est le plus élevé de l'Union européenne. Il se chiffre à 64.932€. Par comparaison, en France il n'est que de 37.956€, en Allemagne il plafonne à 44.933€ et en Belgique la rémunération brute moyenne s'élève à 46.140€ d'après les dernières statistiques d'Eurostat.

Au Luxembourg il existe deux salaires minimums. L'un de 2.313,38€ brut pour un salarié non-qualifié. Et un autre qui grimpe à 2.776,05€ pour un travailleur qualifié. À titre de comparaison, le Smic en France est de 1.589€ brut pour un contrat de 35 heures. En Belgique le salaire minimum est de 1625€ et en Allemagne de 1585€ d'après les chiffres d'Eurostat.

Mais attention, au Luxembourg, la durée légale du travail est de 40 heures par semaine, alors qu'en France elle n'est que de 35 heures. Pour pouvoir comparer correctement les salaires, il faudrait donc ajouter 5 heures supplémentaires par semaine.

De plus, les écarts de salaires entre le Luxembourg et ses pays voisins ne sont pas les mêmes dans toutes les branches d’activité. Il y a des secteurs où la différence est infime, et même certains comme l'hôtellerie restauration ou la construction où les salaires sont plus élevés en Belgique qu'au Luxembourg, comme le montre cette étude du Statec (page 3).

PRESTATIONS FAMILIALES

En plus du salaire, un autre point est financièrement avantageux pour les frontaliers, s'ils ont des enfants: les prestations familiales qui sont très généreuses au Grand-Duché. Les parents ont droit à une allocation familiale de 271€ par mois et par enfant. Avec une majoration de 20€ pour un enfant âgé de 6 à 11 ans, et de 51€ pour un enfant de 12 ans et plus.

Sans oublier les bourses d'études si vos enfants font des études supérieures. Là encore, elles peuvent être très généreuses.

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L’aide financière se compose d’une bourse de base dont le montant pour l’année académique 2020/2021 est fixé à 2.100€. D'une bourse de mobilité, fixée à 2.572€ si vos enfants étudient hors de leur pays de résidence, d'une bourse sur critères sociaux qui peut atteindre 3.990€ et d'une bourse familiale de 524€ par étudiant si vous avez plusieurs enfants.

TRANSPORTS

Ce n'est un secret pour personne, la mobilité est un véritable enfer au Luxembourg. Qu'ils utilisent la voiture, le train ou le bus, le trajet des frontaliers se compte souvent en heures tous les jours.

Quelqu'un qui vient quotidiennement de Metz pour travailler au Kirchberg par exemple passera souvent trois, voire quatre heures pour un aller/retour dans les transports en commun. Sans oublier les retards, les annulations de trains, les grèves et les autres tracasseries.

Si le frontalier fait la navette en voiture aux heures de pointe, c'est au minimum deux heures, parfois même trois à quatre heures passéesdans les bouchons quotidiennement. Il faut également prendre en compte l'usure prématuré du véhicule, avec les nombreux kilomètres effectués pour venir travailler. Entre le prix d'achat du véhicule, le carburant, et l'entretien d'une voiture (pneus, révisions...) de nombreux frontaliers dépensent plus de 500€ chaque mois. Parfois même beaucoup plus.

IMPÔTS

Les impôts, c'est l'autre sujet qui fâche les frontaliers en ce moment. Et en particulier les Français. Avec les récentes réformes du calcul de l'impôt au Luxembourg en 2018, puis en France en 2021, les frontaliers ont la désagréable impression d'être tondus deux fois.

Le frontalier qui travaille au Luxembourg et habite en France est obligé d’établir une déclaration fiscale annuelle dans les deux pays. Il doit déclarer l’ensemble des revenus perçus (au Luxembourg et le cas échéant en France), ainsi que ceux de son conjoint, s’il est marié ou pacsé.

Les salaires perçus au Luxembourg ne sont pas imposables en France, il est cependant nécessaire de les déclarer. Le fisc français va additionner les revenus luxembourgeois et les revenus français du foyer fiscal, afin de déterminer le revenu global du foyer et calculer l’imposition du foyer fiscal français. Et c'est là que le bât blesse.

Depuis 2021, la France ne tient plus compte des impôts payés au Luxembourg. Idem pour le Grand-Duché qui ne tient pas compte des impôts payés en France. D'où l'impression de subir une double imposition déguisée. 

Résultat: des milliers de frontaliers français ont vu leurs impôts grimper en flèche en 2021. Devant le tollé provoqué à quelques mois des élections, le gouvernement français a préféré rétropédaler. Bercy a annoncé avoir trouvé une solution pour ne plus léser les frontaliers: Les foyers concernés pourront "exceptionnellement solliciter, pour l’imposition de leurs revenus 2020 et 2021, l’application des stipulations de l’ancienne convention fiscale".

Mais la solution n'est que temporaire, si les deux pays ne changent pas la convention actuelle, le problème se reposera à l'identique pour les revenus de l'année 2022.

La situation est un peu plus simple pour les frontaliers belges. Le revenu imposable belge est imposé de manière individuelle et ce, sans majoration due au revenu luxembourgeois du conjoint.

LOGEMENT

Le principal avantage des frontaliers, en dehors du salaire, c'est de pouvoir se loger moins cher. Dans les trois pays voisins, le prix du mètre carré est bien inférieur à ce qui se pratique au Luxembourg. Mais là encore, le Grand-Duché tire les prix vers le haut. Plus on se rapproche de la frontière luxembourgeoise et plus les prix augmentent.

Le phénomène est assez particulier, mais le pôle d'attraction n'est pas la capitale de Lorraine, Metz, mais bien le Luxembourg. À Metz, un bien immobilier se négocie en moyenne à 2.570€ du mètre carré. À Hettange-Grande, pourtant une petite commune de près de 8.000 habitants, mais située à cinq kilomètres du Grand-Duché, le prix moyen du m2 passe à 2620€. Et si l'on s'approche encore plus du Luxembourg, à Zoufftgen, le prix moyen grimpe à 2.990€ du mètre carré.

Les prix de l'immobilier, malgré tout moins élevés côté français, attirent aussi des Luxembourgeois qui viennent s'installer de l'autre côté de la frontière, contribuant à faire grimper les prix. 

BIEN-ÊTRE

Enfin, sur la qualité de vie des frontaliers, ces derniers sont souvent pris pour des privilégiés des deux côtés de la frontière. Un sondage réalisé par l'ASTI en 2020 révèle qu'ils ne vivent pas toujours bien ce statut de "privilégiés".

Les résidents leur faisant comprendre qu’il devraient se considérer heureux de pouvoir travailler au Luxembourg, compte tenu du niveau des salaires et des prestations sociales fournies.  Et leurs concitoyens leur reprochent leur niveau de vie bien supérieur, ce qui fait grimper les prix – de l’immobilier en particulier – et provoque une forme de jalousie.

Mais malgré les journées à rallonge et les longues heures passées chaque jour dans les embouteillages, les frontaliers sont attachés au Luxembourg. Et le Luxembourg a besoin d'eux pour faire tourner son économie. C'est donc un mariage de raison avec des zestes d'amour.

Malgré tout, certains ont fini par jeter l'éponge, comme dans ces témoignages recueillis par l'AFP. Sylvie Dumotier, ancienne frontalière, a fini par s'installer au Luxembourg et Antoine Oberlaender lui est retourné travailler en France, assumant une vraie perte de salaire mais gagnant en qualité de vie.

Julien Dauer, directeur de l'association Frontaliers Grand Est, prévient "Attention à votre équilibre vie professionnelle/vie privée si vous travaillez au Grand-Duché. En comptant les 40h par semaine plus le temps passé dans les transports, vous faites souvent des journées de 10 à 12 heures." Avant de conclure: "On peut vraiment dire que le salaire des frontaliers est amplement mérité."

Retrouvez plus d'infos pratiques dans notre nouvelle rubrique "Espace Frontaliers"