L'A31bis traîne et gagne, petit à petit, des opposants farouches. Que se passerait-il si l'État décidait... De ne rien faire?

Et si les débats sur l'A31bis n'aboutissaient... à rien? Hautement improbable, l'abandon a pourtant été évoqué (et applaudi) par de nombreuses personnes présentes lors de la concertation lancée par la préfecture.

Parce qu'il n'existe "pas de variante miracle" capable de satisfaire tout le monde sur le contournement de Thionville, le projet divise. Au point que le préfet de la Moselle, qui ne voit pas comment faire sans cette A31bis, a admis cette possibilité de ne pas agir: "Ce n'est pas celle de l'État mais c'est une possibilité, celle de ne rien faire et laisser tous les inconvénients en l'état" avait-il répondu avec un brin d'ironie aux opposants à l'A31bis.

Tout en épargnant Florange, le bois de l'Étoile ou encore le site du château de Bétange, le statu quo a le désavantage de conduire inévitablement à la saturation encore plus importante de l'autoroute. Selon les projections de la Dreal, le trafic va exploser sur l'autoroute: +60% à hauteur de Kanfen d'ici huit ans, portant à 100.000 le nombre de véhicules circulant chaque jour dans les deux sens. Et 8.000 et 17.000 véhicules de plus avant et après Thionville.

À lire également - La galère des frontaliers sur l'A3: "C'est de plus en plus compliqué d'aller au Luxembourg"

RTL

© Préfecture de la Moselle

En 2030, "la capacité de l’autoroute sera dépassée sur de nombreuses sections". Sur la pointe du matin, on estime que l'A31 ne pourra pas absorber plus de voitures entre Thionville et la frontière. Idem près de Guénange et Bertrange.

Outre des heures de pointe encore plus ralenties, et potentiellement plus longues, les automobilistes qui n'ont pas de temps à perdre se rabattront inlassablement sur le réseau secondaire. Avec le possible report de trafic causé par le péage, c'est l'un des points de friction du dossier.

En l'état, on pourrait comparer l'A31 à une bouteille d'eau. Quand on essaie de verser 2l dans une bouteille ne pouvant en contenir qu'un, ça finit par déborder.

À lire également - Jusqu'à 170€ par mois... Le péage de l'A31bis va coûter très cher aux automobilistes

QUELLES ALTERNATIVES À L'AUTOROUTE A31BIS?

"Il faut investir dans les alternatives au tout-voiture" réclament les opposants au projet d'A31bis, qu'ils jugent en retard, "anachronique" et pourtant "déjà dépassé". Mais là encore, la Dreal s'attend à ce que cela soit insuffisant: le Luxembourg devrait attirer 20.000 frontaliers de plus d'ici 2030. Dont une bonne partie empruntera l'autoroute.

Même en doublant la capacité des bus et des trains transfrontaliers - ce qui est bien prévu - les conditions de circulation de 2030 seront encore plus terribles qu'aujourd'hui. "Les trains et les bus seront insuffisants. La saturation de l'autoroute A31 est garantie, même avec un renforcement des autres moyens de transport" tranche Paul Bouzid, du service Transports de la Dreal.

À lire également - Des bus sur la bande d'arrêt d'urgence, une bonne idée?

Faut-il créer une nouvelle ligne ferroviaire Metz-Thionville-Luxembourg? À long terme, "il faudra y réfléchir" reconnaît Hervé Vanlaer, directeur de la Dreal Grand Est. Mais pour l'heure, "le principe retenu est d'optimiser l'existant", notamment avec le projet de Réseau Express Métropolitain.

Le covoiturage? Avec à peine 1,2 passager par voiture, il est presque inexistant aujourd'hui. Et la tarification de l'immense P+R de Metzange a été pensée pour les passagers des lignes de bus frontalières, moins pour les covoitureurs.

Et le télétravail dans tout ça? S'il fait "baisser légèrement la circulation", son effet est jugé comme limité: moins important le lundi, plus marqué le vendredi. "Le besoin en déplacement étant, en tout état de cause, appelé à se développer, l’impact du développement du télétravail ne devrait pas conduire à des modifications notables des prévisions faites" jugent les services de l'État français.

Outre les seuils fiscaux et sociaux, principaux freins au télétravail, ce sont les employeurs luxembourgeois qu'il faut aussi convaincre. À condition que le frontalier puisse exercer son activité à distance. Ce qui tombe mal, car les frontaliers français sont davantage employés dans des secteurs où le présentiel est la norme. "Par rapport aux frontaliers belges et allemands, les frontaliers français sont surreprésentés dans des activités moins bien rémunérées comme par exemple le secteur de l’Horesca, ou le commerce" détaillait le Statec à l'été 2022.

Le débat se poursuivra jusque début février, date de la présentation de la synthèse des réunions publiques.

À lire également - Télétravail illimité: un nouveau délai accordé aux frontaliers du Luxembourg