"Participer ne signifie pas fermer les yeux et cautionner", a réagi samedi la Fédération française de football (FFF), critiquée par des ONG pour son attentisme supposé sur la question des travailleurs migrants au Qatar, pays hôte de la prochaine Coupe du monde.

"Libres de s’exprimer ou non", la FFF et l'équipe de France "n'ont pas attendu l'échéance prochaine de la Coupe du monde au Qatar pour défendre au quotidien, sur le terrain, et à leur niveau, les droits de l’homme, ainsi que d’autres causes essentielles", affirme la Fédération dans un communiqué.

Concrètement, l'instance dirigée par Noël Le Graët a "mis en œuvre différentes mesures de vérifications concernant le respect des droits sociaux et l’application de conditions de travail respectueuses sur le camp de base de l’équipe de France" au Qatar, est-il écrit.

Quant à la venue des champions du monde français dans l'émirat, la FFF résume sa position: "Participer ne signifie pas fermer les yeux et cautionner".

"L'organisation de cette Coupe du monde a cependant permis des avancées sociales au Qatar que même certaines ONG reconnaissent, y compris Amnesty International. Même si la réalité du terrain n’est pas parfaite, ces progrès sont indéniables et positifs", affirme la Fédération, qui "déplore" une "campagne de stigmatisation" à son encontre.

"La FFF sort enfin de son silence sur la question des droits humains au Qatar !", a réagi dans la foulée Amnesty International France dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Nous nous réjouissons que la FFF exerce son devoir de vigilance envers les prestataires de services avec lesquels elle sera en lien au Qatar", affirme Jean-Claude Samouiller, président d’Amnesty International France dans ce communiqué.

"Nous saluons le fait qu’elle rejoigne les fédérations d’ores et déjà engagées dans la défense des droits humains au Qatar qui souhaitent la mise en place d’un fonds d’indemnisation pour les travailleuses et travailleurs dont les droits ont été violés depuis 2010", ajoute-il.

Dans une lettre ouverte diffusée vendredi, deux jours avant Danemark-France à Copenhague, Amnesty International avait regretté le "silence assourdissant" des Bleus "face aux milliers de travailleurs migrants décédés sur les chantiers qataris, et aux milliers d’autres soumis au travail forcé".

A contrario, l'ONG avait souligné que "les sponsors de l’équipe danoise ont décidé de supprimer leurs logos des maillots d'entraînement des joueurs pour les remplacer par un message favorable au respect des droits humains au Qatar".

La question des droits des travailleurs migrants au Qatar est régulièrement posée par des ONG depuis l'attribution de la Coupe du monde 2022 au riche Etat gazier du Golfe, en 2010.

En 2021, un rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) a conclu que la totalité des accidents du travail survenus pendant l'année 2020 au Qatar avait tué 50 travailleurs et en avaient blessé gravement 500 autres. L'OIT note cependant des lacunes dans le système d'enquête et de recensement des décès, et admet que leur nombre pourrait être plus élevé.