Sorti d'une saison mitigée, Lionel Messi a tout de même été sacré Ballon d'Or pour la 7e fois. Mais ses rivaux méritaient eux aussi cette victoire.

Le septième Ballon d'Or de Lionel Messi n'est pas célébré universellement: en Allemagne, où Lewandowski est une super-star, on crie au scandale. Ailleurs en Europe, d'autres rappellent que Jorginho avait gagné en une saison l'Euro et la Ligue des champions.

"Choix scandaleux!", titre mardi le quotidien allemand Bild, convaincu que Lewandowski aurait dû l'emporter. "Depuis des années la star polonaise du Bayern est performante, accumule les buts et les titres (...) mais ça ne suffit visiblement pas", s'insurge Bild. Désigné meilleur joueur Fifa en 2020, Lewandowski n'a pas gagné le Ballon d'Or l'an dernier, le concours ayant été annulé pour cause de pandémie.

Mais la saison dernière, il a inscrit 41 buts en Bundesliga, battant le record mythique de Gerd Müller (40 buts en 1971-72). Cet exploit, qui a enflammé l'Allemagne, n'a toutefois pas eu le même écho à l'étranger, où la Copa America de Messi avec l'Argentine a évidemment beaucoup plus marqué les esprits.

Dans la soirée de lundi, d'anciennes ou d'actuelles gloires du football ont exprimé leur désaccord, à chaud sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision: "Honnêtement, je n'y comprends plus rien", a lâché Lothar Matthäus, Ballon d'Or 1990. "Avec tout le respect que je dois à Messi et aux autres grands joueurs nommés, aucun ne l'avait autant mérité que Lewandowski. Certes, Messi a gagné la Copa America avec l'Argentine, mais à Paris il est transparent."

D'autres, en Europe, s'interrogent aussi: "Pour moi, Messi est l'un des cinq meilleurs joueurs de toute l'histoire, mais il faudrait commencer à savoir distinguer ceux qui ont été les meilleurs à l'issue d'une saison. Ce n'est pourtant pas difficile, punaise!", s'échauffe Iker Casillas, le légendaire gardien espagnol désormais retraité.

Mardi, Jürgen Klopp a ajouté sa voix au concert: "On peut donner le Ballon d'Or éternellement à Messi pour son jeu et pour sa carrière", a lâché le charismatique entraîneur de Liverpool, "mais si tu ne le donnes pas cette année à Lewandowski, alors quand?".

La presse spécialisée elle-même émet des doutes sur la philosophie du prestigieux concours de son confrère France Football: "Ce prix est devenu une farce", s'exclamait lundi la Gazzetta dello Sport, avant même de connaître le verdict.

Le choix "ne tient pas compte de la fantastique année 2020 du Polonais Lewandowski", regrette le quotidien sportif italien. "Quelle mauvaise blague pour Robert!"

Messi lui-même a rendu un hommage appuyé à son malheureux dauphin: "Tu mérites aussi de gagner le Ballon d'Or", lui a-t-il lancé pendant la cérémonie. "Tout le monde est d'accord que l'an dernier, ça aurait dû être toi le vainqueur. Ça n'a pas été possible à cause de la pandémie, mais je crois que tu mériterais qu'on te donne ce trophée."

RTL

Robert Lewandowski s'exprimant devant les invités de la cérémonie du Ballon d'Or après son trophée de meilleur buteur de l'année, le 29 novembre 2021 à Paris / © AFP

Autre oublié de la soirée de gala, Jorginho. Vainqueur de la Ligue des champions avec Chelsea et de l'Euro avec l'Italie, il pouvait logiquement prétendre à la récompense suprême. Il termine troisième.

RTL

Jorginho vainqueur de l'Euro avec l'Italie à Wembley, le 11 juillet 2021 / © POOL/AFP/Archives

Il "a gagné tous les principaux trophées et a grandement participé à ces titres donc ça n'aurait pas été une surprise s'il avait soulevé le Ballon d'Or", a regretté mardi son entraîneur en club Thomas Tuchel.

Le joueur de 29 ans est aussi défendu dans son pays: dans la Repubblica, le journaliste italien Paolo Condo explique avoir voté pour son compatriote: "Si tu es le meneur de jeu et le métronome de l'équipe qui a gagné la Ligue des champions comme de la sélection qui a brillé dans un grand tournoi, tu as atteint le sommet", se justifie-t-il.

C'est de Pologne, le pays de Lewandowski, qu'est venue une parole de sagesse: "Dans tout ce gâchis, je ne comprends pas le cloaque qui se déverse sur Leo Messi", a twitté Zbigniew Boniek, la grande star du football polonais des années 1980: "Ce n'est pas lui qui s'est choisi. La formule est juste épuisée et il faut la changer, c'est un défi pour les organisateurs de France Football".