Une leçon de courage et d'intelligence pour un exploit d'un autre temps: Annemiek van Vleuten, star du cyclisme féminin, a traversé "l'enfer" samedi à Wollongong pour devenir championne du monde malgré une fracture au coude droit.

La Néerlandaise, qui s'était blessée mercredi en chutant au départ du relais mixte, s'est extirpée d'un groupe d'une douzaine de coureures à moins d'un kilomètre de l'arrivée pour s'imposer devant la Belge Lotte Kopecky et l'Italienne Silvia Persico.

Avec ce deuxième sacre mondial, après celui de 2019, elle parachève à bientôt 40 ans une saison triomphale qui l'a vu remporter les trois grands Tours, de France, d'Espagne et d'Italie ainsi que Liège-Bastogne-Liège.

"Je ne peux pas y croire. J'étais censée faire porteur d'eau aujourd'hui avec ma fracture au coude. Et me voilà championne du monde", a-t-elle réagi, regard extatique, sonnée par son propre exploit.

La rejoignant sur la ligne d'arrivée, ses coéquipières, Ellen van Dijk, championne du monde du contre-la-montre dimanche dernier et l'éternelle Marianne Vos, qui en ont pourtant vu d'autres, n'en revenaient pas non plus.

Certes, leur compatriote avait déjà prouvé qu'elle était une sacrée dure au mal. En 2018, aux Mondiaux d'Innsbruck, elle avait roulé les 100 derniers kilomètres avec une fracture de la rotule pour quand même finir septième.

Mais, samedi, on est entré dans une autre dimension. "C'est ma plus belle victoire, je suis passée du cauchemar au rêve. Jamais je n'ai imaginé une seule seconde qu'il était possible que je gagne cette course. Tous mes rêves étaient brisés lorsque je me suis cassé le coude", a souligné celle qui a pris le départ malgré sa fracture sans déplacement au coude droit pour "aider les copines".

"Ce n'est pas pour moi aujourd'hui, je suis incapable de me mettre en danseuse", avait-elle expliqué quelques minutes avant la course. Mais, dans des conditions humides, elle s'est appuyée sur toute sa science et son expérience, sur un parcours sélectif de 164,3 km.

Incapable de se dresser sur ses pédales, elle a été lâchée plusieurs fois dans le Mount Pleasant, la côte du circuit urbain, longue d'un peu plus d'un kilomètre (avec une pente moyenne de 7,7%) à escalader à six reprises. "C'était l'enfer, j'ai dû faire toute la course assise sur ma selle, mes jambes explosaient dans les montées" a-t-elle raconté.

Mais la Néerlandaise ne s'est jamais affolée, zigzaguant dans les pourcentages les plus sévères, pour toujours rester au contact. Et lorsque son groupe de chasse a fait jonction avec les cinq échappées peu avant la flamme rouge, elle a tout à coup surgi de derrière, toujours assise, pour partir "en facteur" et duper tout le monde.

Ce n'est qu'à quelques mètres de la ligne qu'elle s'est mise en danseuse au prix d'un ultime effort, au-delà de la douleur, pour arracher le droit de courir sa dernière saison professionnelle, l'année prochaine, avec le maillot arc-en-ciel.

"C'est ce qu'il y a de plus beau. En 2020, je n'ai pas pu courir beaucoup avec le maillot de champion du monde sur le dos à cause du Covid. Là je vais en profiter à fond", a-t-elle dit.

Pour la surpuissante équipe néerlandaise, victorieuse désormais de cinq des six dernières éditions de la course en ligne, c'est un deuxième triomphe dans ces Mondiaux après le succès d'Ellen van Dijk dans le contre-la-montre.

C'est le 14e titre dans l’épreuve reine pour les Pays-Bas depuis la première édition remportée par la Luxembourgeoise Elsy Jacobs en 1958.

Juliette Labous termine première Française à la septième place, sans regrets. "J'ai vu le moment d'y aller, mais je ne pouvais pas. C'est là que Van Vleuten y est allée et personne n'a pu suivre", a-t-elle constaté.