Certains joueurs anglais ont été victimes d'une déferlante d'insultes racistes sur les réseaux sociaux et ailleurs après la finale de l'Euro.

Les insultes racistes déversées sur les réseaux sociaux contre trois joueurs noirs de l'équipe d'Angleterre de football après leur défaite face à l'Italie en finale de l'Euro dimanche à Wembley, sur lesquelles la police a ouvert une enquête, ont été condamnées unanimement, du Premier ministre Boris Johnson au sélectionneur Gareth Southgate qui les a qualifiées d'"impardonnables".

Cette équipe d'Angleterre est "entrée dans l'histoire" et "a apporté de la joie à ce pays", a déclaré Boris Johnson lors d'une conférence de presse, jugeant que les auteurs de ces attaques devraient avoir "honte".

Gareth Southgate a jugé ces insultes "impardonnables": "une partie (de ces attaques) vient de l'étranger, on nous l'a dit, mais une partie vient de ce pays", a souligné le sélectionneur des "Three Lions", préférant retenir l'"énergie et l'esprit positif des fans".

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Jadon Sancho (au centre) et Marcus Rashford attendent sur le bord de terrain, à côté de Gareth Southgate, avant d'entrer en jeu contre l'Italie en finale de l'Euro le 11 juillet 2021 à Wembley / © POOL/AFP

La Fédération anglaise de football s'est dite "consternée" et "dégoûtée" par les commentaires racistes proférés à l'encontre de Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka. L'UEFA a assuré les joueurs de son soutien et plaidé pour les sanctions "les plus sévères" à l'égard des auteurs d'insultes racistes.

Les trois joueurs, entrés en fin de rencontre, ont raté leur tir au but, scellant la défaite de l'Angleterre face à l'Italie (1-1 a.p., 3-2 t.a.b.) et brisant ainsi le rêve de tout un pays qui espérait décrocher un deuxième titre majeur, 55 ans après son succès à domicile durant la Coupe du monde 1966.

GRAFFITIS RACISTES

Le prince William, président de la Fédération anglaise, s'est dit "écoeuré" et a jugé "totalement inacceptable que les joueurs doivent endurer ce comportement odieux."

La police de Londres a annoncé une enquête.

Le ministre de la Culture et des Sports, Oliver Dowden, a appelé les groupes de réseaux sociaux à s'attaquer davantage au racisme en ligne. A défaut, a-t-il prévenu, "notre nouveau projet de loi sur la sécurité en ligne les obligera à des amendes pouvant atteindre 10% des revenus mondiaux".

Un porte-parole de Facebook a assuré que la plateforme avait "rapidement supprimé les commentaires et les comptes insultants envers les footballeurs anglais".

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Une fresque de l'artiste Akse P19 en hommage à l'attaquant de Manchester United Marcus Rashford sur un bâtiment de Withington, dans le Grand Manchester, le 8 novembre 2020 / © AFP/Archives

A Withington (nord de l'Angleterre), une fresque murale peinte en l'honneur de Marcus Rashford a été recouverte de graffitis racistes, a indiqué la police, disant prendre cette infraction "très au sérieux".

Une députée conservatrice, Natalie Elphicke, s'est excusée après avoir suggéré dans un message privé, rapporté par la chaîne GB News, que Marcus Rashford aurait dû passer davantage de temps à "perfectionner son jeu" plutôt qu'à "jouer à la politique". Le footballeur avait fait campagne et convaincu le gouvernement conservateur de fournir des repas gratuits aux enfants vulnérables pendant la pandémie.

JOHNSON CRITIQUÉ

D'anciens footballeurs ont apporté leur soutien aux trois joueurs, comme l'ex-capitaine star David Beckham, qui s'est dit sur Instagram "fier" de l'équipe ayant "enflammé" le pays ces dernières semaines.

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L'ancien footballeur Gary Neville, devenu consultant, avant un match de Premier League entre Brighton et West Ham à Brighton le 5 octobre 2018 / © AFP/Archives

L'ancien défenseur de Manchester United, Gary Neville, a déclaré que l'exemple devait venir "d'en haut", critiquant Boris Johnson. Alors que les joueurs anglais avaient décidé de poser un genou à terre pour dénoncer le racisme, "le Premier ministre a dit qu'on pouvait huer ces joueurs qui essayaient de promouvoir l'égalité", a-t-il dénoncé sur Sky News.

"Les gens devraient pouvoir (...) montrer à quel point ils condamnent le racisme dans ce pays de la manière qu'ils veulent", a rétorqué le dirigeant.

Depuis des années, des joueurs anglais sont victimes de racisme en ligne après une défaite ou des performances décevantes.

En mai, la FA avait appelé le gouvernement à légiférer sans tarder pour obliger les réseaux sociaux à agir contre les insultes en ligne ayant déjà visé par le passé Marcus Rashford.

Pour attirer l'attention sur ce racisme en ligne, la FA, les clubs des deux premières divisions et de la Super Ligue féminine, mais aussi des organisations représentant les joueurs, les arbitres et les entraîneurs, rejoints par la suite par d'autres sports comme le rugby ou le cricket, avaient décidé de ne pas alimenter leurs comptes sur les réseaux sociaux du vendredi 30 avril jusqu'au lundi 3 mai.