Les Anglais aiment le répéter: ils ont inventé le football. Mais si leurs clubs brillent, leur sélection n'a qu'un joyau, le Mondial-1966.

Il aura fallu plus d'un demi-siècle pour que l'équipe aux Trois Lions retrouve une finale d'un tournoi majeur, dimanche contre l'Italie à l'Euro (21h00).

UN SACRE ET UNE CONTROVERSE

En 1966, la Coupe du monde se joue en Angleterre et le pays hôte brille devant son public. Après un quart âpre contre l'Argentine (1-0), un doublé de Bobby Charlton face au Portugal d'Eusebio (2-1), l'équipe d'Alf Ramsey affronte en finale l'Allemagne de Franz Beckenbauer et d'Uwe Seeler.

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Le gardien de but allemand Hans Tilkowski regarde le ballon rebondir sur sa ligne après un tir sur la transversale de l'attaquant Geoff Hurst, alors que son coéquipier Roger Hunt célèbre le but, finalement accordé par l'arbitre, lors des prolongations de la finale de la Coupe du monde, le 30 juillet 1966 au stade de Wembley à Londres / © CENTRAL PRESS/AFP/Archives

A 2-2, les prolongations accouchent d'une des plus grandes controverses de l'histoire du football. Un tir de Geoff Hurst s'écrase sur la transversale et rebondit... sur ou derrière la ligne? Les images ne lèveront jamais l'incertitude. Après avoir consulté son assistant, l'arbitre valide le but. L'Angleterre l'emporte finalement 4-2. Tout à sa liesse, Wembley ne le sait pas encore: vient la disette.

LES VACHES MAIGRES

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La joie de l'attaquant allemand Gerd Mueller après avoir marqué le 3e but face à l'Angleterre, lors de la victoire en prolongation (3-2) en quart de finale de la Coupe du monde, le 14 juin 1970 à Leon (Mexique) / © AFP/Archives

L'Angleterre tenante du titre vit un cauchemar au Mondial-1970: en quart, alors qu'ils sont menés 2-0 à l'heure de jeu, les Allemands prennent une revanche sur le "Wembley Tor" de 1966 par des buts de Beckenbauer, Seeler et Gerd Müller en prolongation. Dans les buts, Peter Bonetti ouvre une tradition anglaise: celle des gardiens maillons faibles...

Eliminés sans bavure en quart de l'Euro-1972 contre les mêmes Allemands à Wembley (3-1), les Anglais manquent les Euros 1976 et 1984, se font sortir en poules en 1980. Les Coupes du monde 1974 et 1978 se jouent également sans eux. En 1982, ils s'en vont après le deuxième tour sur deux piteux 0-0 contre l'Allemagne et l'Espagne...

MAIN DE DIEU

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L'attaquant argentin Diego Maradona marque son 2e but face au gardien de but anglais Peter Shilton, lors de la victoire, 2-1 en quart de finale de la Coupe du monde, le 22 juin 1986 à Mexico City / © AFP/Archives

Le Mondial-1986 est celui de la promesse du renouveau, avec Gary Lineker en fer de lance, David Platt et Chris Waddle. Ils sont encore acteurs d'une immense controverse, mais du côté perdant cette fois. Diego Maradona marque de la main, celle de Dieu dira-t-il, avant de doubler la mise au bout d'un slalom échevelé pour inscrire le "but du siècle".

Prometteur, ce premier tournoi de l'ère Robson sera suivi de déceptions, dont la plus cruelle est une élimination... par l'Allemagne du Mondial-1990, en demi-finale.

C'est encore aux tirs au but qu'est indiquée la porte de sortie. La malédiction se répète à l'Euro-1996... encore face aux Allemands (1-1 a.p.). Et pourtant avec l'imprévisible Paul Gascoigne et l'efficace Alan Shearer, les Anglais y ont cru, entonnant pour la première fois leur hymne pop "Football is coming home" (Le football rentre à la maison).

GÉNÉRATION DORÉE EN TOC

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Le milieu de terrain argentin Diego Simeone, au sol après avoir été victime d'une faute de son homologue anglais David Beckham, qui sera exclu sur l'action, lors de la victoire de l'Argentine (2-2, 4-3 t.a.b.) en quart de finale de la Coupe du monde, le 30 juin 1998 à Saint-Etienne / © AFP/Archives

Arrive l'ère de la "génération dorée": Rio Ferdinand, John Terry, Ashley Cole derrière, Steven Gerrard, David Beckham, Frank Lampard, Paul Scholes, Wayne Rooney, Michael Owen... Au Mondial-1998, Owen signe son avènement d'un but splendide contre l'Argentine en huitièmes. Mais Beckham tombe dans le piège de la provocation de Diego Simeone, prend un rouge et l'Angleterre sort... aux tirs au but.

Suivront le fiasco de l'Euro-2000 (élimination en poules), la désillusion du quart contre le Brésil en 2002: le but de l'élimination est-il imputable à la frappe splendide de Ronaldinho ou aux insuffisances du gardien David Seaman?

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Le gardien de but portugais Ricardo marque le pénalty victorieux face à son homologue anglais David James, lors de la séance de tirs au but (2-2, 6-5 t.a.b.) en quart de finale de l'Euro, le 27 août 2004 à Lisbonne / © AFP/Archives

Le recrutement sacrilège de sélectionneurs étrangers (Sven Goran Eriksson puis Fabio Capello) n'empêche pas la répétition des erreurs. Les compétitions sont abordées avec tambours et trompettes avant un retour tête basse à la maison. A l'Euro-2004, ils acculent le champion sortant français, mais cèdent dans les derniers instants sur deux coups de patte de Zinédine Zidane (2-1). Puis ils se font sortir par le Portugal... aux tirs au but. Un scénario répété au Mondial-2006 après un carton rouge de Wayne Rooney piégé par Cristiano Ronaldo. Et c'est encore aux tirs au but que les Italiens les sortent de l'Euro-2012.

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Le gardien allemand Manuel Neuer les yeux rivés sur la balle après le tir de Franck Lampard pour l'Angleterre, avant que le but soit refusé par l'arbitre, lors de la Coupe du monde 2010, le 27 juin à Bloemfontein en Afrique du sud. / © AFP/Archives

Les compétitions sont une succession de fiascos: étrillés par l'Allemagne au Mondial-2010 (4-1), ils ne passent pas les poules en 2014. Le fond avait déjà été atteint à Wembley avec une défaite ignominieuse contre la Croatie (marquée par une bourde du gardien Scott Carson, une tradition...), qui prive les Anglais d'Euro-2008. Un tabloïd publie une photo du sélectionneur Steve McClaren tenant un parapluie avec ce titre: "L'imbécile sous le pépin" ("The wally with a brolly").

SOUTHGATE, LA SURPRISE

Après une élimination par les Islandais en huitièmes de finale de l'Euro-2016, l'Angleterre ne semble pas sur la voie de la rédemption. D'autant que Sam Allardyce renonce au poste de sélectionneur, éclaboussé par une affaire de corruption.

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La joie du sélectionneur anglais Gareth Southgate, après la victoire de son équipe, 2-1 face au Danemark en prolongation, lors de la demi-finale de l'Euro 2020, le 7 juillet 2021 au stade de Wembley à Londres / © POOL/AFP/Archives

Gareth Southgate arrive, d'abord comme intérimaire. Il lance des jeunes, comme Trent Alexander-Arnold, s'appuie sur des cadres, comme Harry Kane. Bilan: une demi-finale au Mondial-2018 et désormais une finale à l'Euro. "Football is coming home".