Réputation du Luxembourg, immigration portugaise, langues... L'humoriste Daniel Moutinho n'hésite pas à parler de sujets sensibles au Grand-Duché, mais toujours avec bienveillance.

Quand le Belge GuiHome s'est moqué du Luxembourg, un pays où tu te rends en vacances que "si le reste du monde à disparu", le sang de Daniel Moutinho n'a fait qu'un tour. Il a mis sa perruque, sa moustache, et s'est transformé en justicier pour promouvoir le Luxembourg:

Toujours prêt à défendre le Luxembourg... mais avec humour et bienveillance. Qu'il le fasse avec son alter-ego, le Luxembourgeois à moustache et coupe mulet Joss Den Hellen, ou sous sa vraie identité, Daniel Moutinho multiplie les sketchs sur les réseaux sociaux et dans les salles de spectacle. Comme ici à l'Aalt Stadhaus (Differdange) où il raconte la fois où son père portugais a fait découvrir le Luxembourg à sa famille:

"LA FIERTÉ DE MON PÈRE QUI VEUT MONTRER QU'IL TRAVAILLE DUR ICI"

"Mon père faisait venir la famille, et disait: là vous voyez la gare? C'est moi qui ait fait le sol! J'ai fait les juntas (les "joints" en portugais). Après on passait devant un bâtiment, et il disait "là j'ai mis les fenêtres". Puis on passait devant la banque, je lui disais "non, t'as pas fait la banque". Il répondait "non, là j'ai pris le prêt pour la BMW" rigole Daniel.

Cette fierté du Portugais immigré au Luxembourg, qui montre à sa famille le fruit de son travail, rappellera sûrement des souvenirs à certains. "Mon père a travaillé sur beaucoup de bâtiments, et il en était fier, il voulait montrer à sa famille qu'il n'est pas payé à rien faire, qu'il travaille dur..." Quitte à "exagérer parfois un peu son histoire" pour impressionner ses proches.

Daniel Moutinho sait qu'il touche là un sujet sensible. "Il y a toujours des stéréotypes, comme celui du Portugais qui vient travailler dans les chantiers au Luxembourg, et qui prend son argent que pour retourner le dépenser au Portugal. Il y a aussi le cliché des Portugais qui pensent qu'on a tous la belle vie ici, qu'on devient tous riche au Luxembourg du jour au lendemain, à gagner 10.000 euros par mois. Alors que ce n'est pas du tout le cas."

D'ailleurs, il cite l'exemple d'un cousin qui est venu s'installer au Luxembourg, mais qui est reparti au bout de deux mois. "Mon cousin m'a dit que le Luxembourg n'était pas ce qu'il croyait, et qu'il préfère rester au Portugal dans son petit village, que de travailler du matin au soir ici et de rentrer à la maison que pour dormir".

Mais il est vrai que certains résidents du Luxembourg n'aident pas à casser ce mythe, ajoute-t-il: "Certains vont au Portugal en montrant leur richesse, en payant le restaurant à tout le monde, et en exhibant leur belle voiture qui est restée au garage jusqu'au mois d'août juste pour cette occasion"... Donc forcément, ça fait rêver! Sauf qu'au Luxembourg, "on ne dépense pas l'argent toute l'année comme ça, on va pas au restaurant tous les jours, on n'achète pas tous des grosses BMW... Car on travaille toute la  journée et pourtant on ne roule pas tous sur l'or."

"QU'EST-CE QU'ILS RACONTENT LES LUXEMBOURGEOIS, ILS N'ONT PAS DE VIOLENCE CHEZ EUX"

Ce sketch sur son père a pour origine un souvenir d'enfance, lorsque Daniel avait 6 ans et vivait en ville, dans le quartier gare. "J'allais à l'école primaire du quartier, un quartier réputé dangereux, mais moi je ne m'en rendais pas compte. Ce n'est que lorsque j'en suis sorti que j'ai compris que c'était un quartier spécial quand même", rit-il.

Parler de la délinquance dans ce quartier, des prostitués, n'est pas toujours bien vu. "Il y a des thèmes comme ça, s'il n'y avait pas l'humour, on arrive difficilement à en parler. D'ailleurs, j'ai l'impression que dès qu'on parle de délinquance au Luxembourg, c'est pour se foutre de la gueule des Luxembourgeois".

Daniel entend souvent des phrases comme "Qu'est ce qu'ils racontent les Luxembourgeois, ils n'ont pas de violence chez eux". "Pourtant, si, on en a, même si ce n'est pas les mêmes proportions bien sûr que dans certains quartiers de Paris ou de New-York, mais elle existe bien".

"ÇA FAIT DU BIEN D'ENTENDRE DE L'HUMOUR EN LUXEMBOURGEOIS"

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Daniel Moutinho sur scène, où il construit des ponts linguistiques grâce à l'humour. / © DR / Daniel Moutinho

L'humoriste se sent néanmoins privilégié sur un point: il a pu remonter sur scène. "Comparé à nos voisins qui ne peuvent toujours pas se produire, oui, on est privilégié au Luxembourg."

Même si la culture à la sauce coronavirus laisse un goût amer: "On se demandait si ça allait marcher, ca va faire quoi d'être sur scène avec un public réduit et des gens qui portent des masques? Comment savoir qu'ils sourient avec le masque? Et puis les rires résonnent moins avec les masques. Mais ça allait, même avec 35 spectateurs, ça marchait, l'ambiance était là".

Il se produira notamment au "théâtre le 10" à Neudorf, dans le cadre du "Comedy Open Mic", le 3 avril prochain. "Ce sera en langue luxembourgeoise. D'ailleurs, c'est drôle, il y a des humoristes qui sont encore en train d'apprendre le luxembourgeois, mais ils n'ont pas peur de monter sur scène, ils se lancent. Et le public, on le sent, aime bien ça, même si la langue n'est pas maîtrisée à 100%, ça montre l'effort d'apprendre la langue. Ça fait du bien à la culture ici d'entendre de l'humour en luxembourgeois".

Parlons de la langue justement. Né au Portugal, à Guarda, Daniel est arrivé au Luxembourg lorsqu'il avait deux ans. S'il parle parfaitement la langue de Dicks, "le français a toujours été l'autre langue la plus simple à apprendre pour les Portugais." Beaucoup de ses sketchs sont en français:  "pour l'import-export, c'est plus vendeur", rigole-t-il.

Mais il ne délaisse pas le luxembourgeois ou le portugais pour autant. Et son personnage de Luxembourgeois Joss Den Hellen est parfait pour construire un pont entre les francophones et luxembourgophones, pour "nous rapprocher avec l'humour". D'autant que "J'aime bien sortir spontanément une expression luxembourgeoise, et derrière expliquer ce que ça veut dire. Peut-être que ca pourra motiver ceux qui ne parlent pas cette langue à mieux la découvrir."

"Une fois j'ai dit, pour rigoler, que je veux faire avec la langue luxembourgeoise ce que Rammstein (NDLR: groupe de métal allemand) a fait pour la langue allemande, car des américains apprennent cette langue pour comprendre les textes du groupe!" rit-il.

On ne peut que lui donner raison! Comme l'illustre la série luxembourgeoise Capitani qui cartonne sur Netflix, la culture est souvent plus efficace que n'importe quelle campagne de Nation Branding pour faire mieux connaître notre pays...

Retrouvez également Daniel Moutinho dans notre podcast « Vous avez comme un accent » sur RTLplay