Le CNA a pu reprendre une partie de l'importante collection de photographie de Lutz Teutloff inspirée par l'exposition d'Edward Steichen.

Ça commence avec une veste qui brûle dans une galerie d'art à Cologne et ça se termine dans une ancienne brasserie du 18e siècle à Clervaux. Entre les deux, il y a la passion d'un homme pour la photographie et la création d'une collection pléthorique cédée au Luxembourg pour une bouchée de pain.

À la fin des années 80, Lutz Teutloff vend son entreprise de textile et se retrouve à la tête d'une petite fortune qu'il va consacrer à l'art. Il crée une galerie, un jardin de sculpture et au milieu des années 1990, commence à se focaliser sur la photographie. "J'avais une galerie en face de la sienne", rembobine Sabine Weichel-Kickert devenue curatrice de la Teutloff collection, "nos discussions sur l'art étaient tellement passionnées qu'un soir de vernissage sa veste à pris feu sur un bougeoir."

Au fil du temps, la collection photographique s'enrichit et se cristallise progressivement autour du thème de l'humain - de la naissance à la mort et au-delà. Quand il tombe sur un ancien catalogue de The Family of Man, Lutz Teutloff décide de reprendre le flambeaux de Steichen et de poursuivre l'oeuvre après 1955, là où le photographe s'était arrêté. Il lance donc The Contemporary Family of Man avec des oeuvres à partir de 1968.

S'il axe sa collection sur les mêmes thèmes que Steichen, Teutloff vit avec son temps et développe des sujets moins consensuels, moins optimistes et plus polémiques. "Il a toujours aimé la provocation et la controverse", souligne celle qui a accompagné la collection pendant 25 ans. Là où Steichen pointe les points communs entre tous les humains, les oeuvres rassemblées par Teutloff parlent de singularité.

RENCONTRE AVEC LE LUXEMBOURG

Ce lien indéfectible avec le travail de Steichen allait forcément mener Teutloff au Luxembourg où la collection The Family of Man est conservée. "Nous nous sommes rencontrés en mai 2017 alors qu'il se savait malade et cherchait une solution pour pérenniser sa collection", relate Paul Lesch, le directeur du Centre national de l'audiovisuel (CNA).

De discussion en négociation, un accord se noue permettant au CNA d'acquérir une importante partie de la collection de Lutz Teutloff, soit environ 800 oeuvres de pas loins de 200 artistes provenant de 40 pays.

Il décède en août 2017, et une première salve d'oeuvres arrivent au CNA dès la fin de l'année. Cet hivers, un autre pan de la collection est confié à institution luxembourgeoise, avec mission de conserver et valoriser cet ensemble de haut vol.

TRAVAIL DE DÉTECTIVE

Progressivement, les oeuvres sont inventoriées, restaurées, numérisées et archivées au CNA où 16 personnes internes et externes s'activent ponctuellement (les mois d'été où le programme est allégé). Un véritable travail de détective est parfois nécessaire pour retrouver les informations sur les artistes et les oeuvres permettant une conservation optimale.

"Les oeuvres ne sont pas forcément signées ou accompagnées d'une facture... Il faut remonter le fil pour garantir l'authentification, parfois différente de ce qu'a pensé le collectionneur", explique Siliva Berselli, une restauratrice de Milan qui travaille les étés à Dudelange.

Des techniques, supports et formats très divers, des états de conservation variables, entraînent des besoins différents en termes de conservation et archivage. Reste que, par contrat, une partie au moins de la collection devra être exposée en 2023. La recherche d'un lieu a été lancée.

À proximité immédiate du Château de Clervaux où est exposée The Family of Man, l'ancienne Brasserie de Lannoy datant du 18e siècle offre un cadre idéal pour créer un dialogue entre les deux collections. À présent, le bâtiment va devoir être rénové pour pouvoir accueillir des oeuvres d'art en répondant aux normes en vigueur.

Pour quel budget? Pendant combien de temps? Il est trop tôt pour répondre à ces questions et les responsables au CNA restent évasifs.

Rien n'est encore fixé pour la suite donc, mais il n'y aura sans doute pas de bougeoirs au vernissage.