Myriam Muller, directrice du Théâtre du Centaure présente la saison 2019-2020 marquée par quelques nouveautés

Le théâtre se doit de prendre l'actualité et la société à bras le corps. D'être le lieu de son questionnement, de son prolongement. Et l'époque actuelle nous intime plus que jamais à un théâtre engagé, politique, donc subversif. "Les équilibres politiques sont chambardés grâce aux camarades Trump, Bolsonaro et tous les autres joyeux fouteurs de trouble obsessionnels. Quelle aubaine pour les créatifs d'aujourd'hui", écrit Pierre Rauchs, le président du Théâtre du Centaure dans le programme de la saison.

Ce n'est pas nouveau, le théâtre du Centaure a toujours privilégié les thèmes sociétaux liés aux tremblements de notre ère. Mais cette saison va plus loin en programmant uniquement des "pièces résolument contemporaines qui montrent notre volonté d'ancrage dans l'époque", souligne Myriam Muller. Pas de classiques donc. Mais une volonté accrue de toucher les jeunes, notamment via des relations avec les écoles qui vont être renforcée.

PLACE AUX JEUNES

Le début de saison - à partir du 6 octobre - sera d'ailleurs consacré à la reprise de Sales Gosses de Mihaela Michailov. Inspirée de faits réels, la pièce pointe le sort d'une élève qu'une enseignante a ligoté les mains derrière le dos devant toute sa salle de classe. Les élèves, pendant la récréation, l’ont torturée à leur tour. Un tour de force scénique et dramatique relevé par la comédienne Eugénie Anselin.

Deux créations pointeront plus particulièrement les difficultés de s'intégrer dans le monde et la société et les réponses - dangereuses, criminelles, inadaptées, fantasmatiques, sublimes - que les anti-héros des pièces tentent d'apporter. Des tables-rondes sont organisées pour chaque pièce, avec des invités "de la vie réelle" présents pour "élever le débat".

Dans Trouble affectif saisonnier de Lola Molina, c’est la transgression criminelle qui répond à la violence du monde. "C'est la cavale amoureuse et folle d'une adolescente et d'un quadragénaire, à la Bonnie and Clyde", résume Myriam Muller qui a confié la mise en scène à la Lorraine Maud Galet-Lalande, Eugénie Anselin et Serge Wolf campant les deux personnages.

Dans Bug, un couple inégal sombrera dans la paranoïa. Dans un appartement miteux vit Agnès, la quarantaine, serveuse dans un bar et femme brisée qui se cache de son ex-mari violent. Elle rencontre Peter, un jeune homme mystérieux, différent. Un amour de la deuxième chance, fragile, inquiet va naître entre eux. Mais leur aventure va se compliquer lorsqu'ils découvrent des cafards dans leur chambre.

Myriam Muller, Mathieu Saccucci, Leila Schaus, Raoul Schlechter et Pitt Simon sont à l'affiche de cette pièce de l'américain Tracy Letts, mise en scène par Fábio Godinho.

NOUVEAU CYCLE

Un cycle s'achève cette saison: Un soir / Deux pièces qui met en regard des textes de deux époques différentes. Un Houellebecq, "Extension du domaine de la lutte" va côtoyer "Nana" de Zola. Ces deux romans créent un bel ensemble Femme-Homme, rapprochant la visée émancipatrice mais sombre de Nana et le destin de dominé du personnage principal du livre de Houellebecq. Tous deux font partie d’une tradition bien française de l’observation sociale de leur époque: comme elle va ou plutôt comme elle ne va pas.

Un autre cycle commence: Les agitateurs. "Nous demandons à de jeunes créateurs d'embrasser l'actualité la plus vive possible. Une carte blanche qui montrera que le théâtre peut aussi être dans l'aujourd'hui." C'est Jacques Schiltz et Claire Wagener qui inaugure le programme. Ils vont tenter d’apprivoiser notre réalité lors d’un voyage théâtral vers l’inconnu: à la recherche des temps modernes et comme il leur plaira. Marc Baum, Jean Bermes et Elsa Rauchs seront leur voix sur scène.

La tournée de Terreur, les cinq ans du Talent Lab - une sorte de bilan pour voir ce que sont devenus les jeunes créateurs - et des mises en voix complète une saison marquée par "une augmentation de nos budgets et une reconnaissance nouvelle et salutaire de notre secteur qu'on se doit de souligner et remercier."