Huit scènes, des torrents de décibels: L'Alpe d'Huez vibre au son des DJ du festival de musique électro "Tomorrowland", qui tient sa première édition hivernale dans la station française, largement privatisée pour accueillir 25.000 fans venus du monde entier.

Depuis mercredi et jusqu'à vendredi, son domaine skiable n'est accessible qu'aux seuls détenteurs du précieux "pass" d'entrée, qui ont déboursé plusieurs centaines d'euros pour participer à la déclinaison alpine du festival, l'un des plus importants du genre.

Depuis un mois, L'Alpe d'Huez se préparait à l'afflux des participants à ce festival grandiloquent et coloré. Débuté plus tranquillement samedi, il a pris sa pleine dimension pour ses trois derniers jours.

Sa version originale se tient chaque été depuis 2005 au sud d'Anvers devant 400.000 personnes.

"Tomorrowland est unique pour son ambiance et cette fois, je ne suis pas obligée de camper ! C'est cher, mais ça en vaut la peine", sourit Raquel, une brésilienne de 32 ans qui réunit chaque année ses amis en Belgique pour l'occasion.

Un quartier entier de la station a été bouclé pour bâtir trois des huit scènes qui accueillent la centaine de DJ programmés. Certaines sont protégées par d'immenses chapiteaux chauffés pouvant accueillir 11.000 personnes.

Une centaine de gendarmes, appuyés par des caméras de vidéosurveillance, ont été déployés pour assurer la sécurité des fans, dont la moyenne d'âge se situe autour de 31 ans.

Le soir, après les concerts, 120 bus attendent jusqu'à 02H30 du matin les 5.000 fêtards qui ne sont pas logés à l'Alpe d'Huez mais dans des stations de ski voisines.

- "Garder une part de magie" -

La logistique de la manifestation demeure un secret bien gardé par les organisateurs, qui comparent la gestion de "Tomorrowland" à celle d'un parc comme Disneyland.

Un DJ devant ses platines au pied des pistes de ski lors du festival de musique électro "Tomorrowland", le 14 mars 2019 à l'Alpe d'Huez, en Isère / © AFP

Une manière de "garder une part de magie", admet Debby Wilmsen, la porte-parole de ce festival créé par deux Belges désireux de "sortir l'électro des boîtes de nuit".

L'une de ses marques de fabrique est son identité visuelle, inspiré de l'univers de "l'heroic fantasy". Pour se fondre dans son paysage, de nombreux festivaliers n'hésitent pas à se déguiser.

"Tomorrowland est une sorte de parc d'attractions pour adultes où tout est pensé de A à Z. Vu des coulisses, c'est impressionnant", témoigne Henri PFR, un jeune DJ belge habitué du festival.

Sur le "Mainstage" comme sur la plus haute des scènes, située à 3.300 mètres d'altitude, de larges lotus encadrent les artistes, qui mixent dans une ambiance surchauffée.

"Tolérance zéro aux drogues", prévient une large banderole à l'entrée du village de la manifestation, tandis qu'un service de sécurité privé filtre les festivaliers.

Restauration concoctée par des chefs étoilés, boutiques de produits dérivés ou système de paiement électronique estampillé "Tomorrowland": rien n'a été laissé au hasard pour diffuser une image "professionnelle" auprès des fans.

Un DJ devant ses platines au pied des pistes de ski lors du festival de musique électro "Tomorrowland", le 14 mars 2019 à l'Alpe d'Huez, en Isère / © AFP

Et ça marche: 36.000 demandes de billets ont précédé le coup d'envoi de cette édition enneigée. L'organisation a toutefois préféré limiter le nombre d'entrées pour fluidifier la circulation au sein de la station, qui dispose de 32.000 lits.

À l'écart des sons crachés par les enceintes, le reste du village de l'Alpe d'Huez baignait mercredi dans une ambiance familière pour cette époque de la saison.

L'arrivée du festival n'a pas fait que des heureux chez les commerçants, qui regrettent la privatisation de la station à un moment où la fréquentation bénéficiait encore des vacances scolaires.

Des élus écologistes de la région ont déploré les impacts environnementaux et sociétaux "colossaux" de "Tomorrowland", pointant la subvention de 400.000 euros qui lui a été accordée alors que des festivals locaux peinent à survivre.

S'ils ne nient pas les nuisances, les organisateurs les ramènent au même niveau qu'une "période d'activité intense de la saison d'hiver". "Il ne faut pas que le discours politique paralyse tout le monde", estime Debby Wilmsen.

Pour la direction de l'Alpe d'Huez, cette première édition constitue l'épilogue de deux années de tractations avec les organisateurs, qui ont débouché sur un partenariat de cinq ans.

Le festival, qui s'était délocalisé par deux fois dans sa version d'été - aux États-Unis et au Brésil -, fêtera en 2019 son 15e anniversaire. Son chiffre d'affaire s'élève à 25 millions d'euros.