Les salles de concert sont fermées depuis le mois de mars. À l'Atelier, près de 100 concerts ont déjà été annulés. Les employés sont au chômage partiel ou télétravaillent. Malgré tout, des artistes continuent d'être programmés pour 2021.

Il le répétera plusieurs fois durant notre entretien. "C'est totalement surréaliste." La crise du coronavirus a fermé les salles de concert depuis le mois de mars dernier. Depuis, rien n'a changé, surtout pas avec l'arrivée de la deuxième vague. À L'Atelier, Michel Welter, gestionnaire de la société A-Promotions, se sent bien seul dans son bureau. "On réduit les coûts au maximum, donc il a fallu tout arrêter. On n'a aucune vision sur l'avenir. Le chômage partiel a été reconduit en juin et ça c'est hyper important. On essaie d'avoir le plus d'aides possible."

Son équipe continue de programmer quelques concerts sans trop savoir s'ils pourront bien avoir lieu, tirant un trait sur d'autres au fur et à mesure que le temps passe et que le coronavirus continue de sévir un peu partout en Europe.

"Il y a des hauts et des bas mais pour le moment, il y a plus de bas", admet-il. "Il y a 9 mois, vous m'auriez dit qu'on allait devoir fermer et tout reporter, j'aurais répondu que vous êtes fou !" Les neuf salariés de A-Promotions, la société de l'Atelier qui organise les événements, sont au chômage partiel.

"On bosse habituellement comme des fous et ne rien faire, c'est quelque chose qu'on vit tous très mal. On s'attend à de nouvelles contraintes annoncées par le gouvernement, la semaine prochaine. Mais ce n'est pas le moment de monter sur des barricades pour protester... D'ailleurs, on ne conteste pas ces mesures, on sait bien que ce n'est pas le moment pour ça. Même si ça me manque terriblement d'aller à un concert et de boire dans le même verre que mon pote... Il faut serrer les fesses."

"UN TRAUMA S'EST INSTALLÉ CHEZ LES GENS"

Depuis le mois de mars, les concerts sont annulés les uns après les autres. "Sur la saison 2020/2021, j'en suis à 99 concerts annulés, sachant qu'on tourne à environ 150 concerts par an" explique Michel Welter, qui cède à quelques rires nerveux face à la difficulté de la situation. "Honnêtement, j'ai arrêté de compter. Et même si je dois avoir une vision d'ensemble, j'ai aussi arrêté de faire des projections."

Il faut, malgré tout, continuer d'en programmer quitte à les reporter au compte-goutte... C'est ainsi que la venue de Gorillaz est prévue pour le 1er juin 2021, comme celle de OneRepublic le 24 octobre 2021 et de Simply Red le 17 novembre 2021. "Ces concerts sont planifiés dans l'hypothèse d'un fonctionnement normal, sans que la capacité de la salle ne soit affectée, peut-être avec le port du masque, qui sait. Si la capacité est affectée dans des proportions importantes, c'est l'artiste qui décidera de sa venue ou non."

Une soirée normale à l'Atelier. C'était il y a un an. / © Raphaël Ferber/RTL 5Minutes

En attendant, pas besoin de fixer des plafonds de réservations de billets, afin d'éviter d'avoir à rembourser en masse si le coronavirus est toujours d'actualité d'ici là. Même pour les très gros concerts actuellement planifiés, Michel Welter nous fait comprendre que la billetterie est loin de surchauffer. "Il y a un trauma qui s'est installé chez les gens. Au supermarché, ils ont peur de la personne qui achète son fromage à côté d'eux. Aller à un concert n'a plus le même attrait que ça avait il y a encore un an. Il faudra du temps pour que ce trauma se lève, car on est matraqué de chiffres et le vaccin ne réglera pas la situation du jour au lendemain."

Il y a tout de même un mince espoir d'un été en musique. En juillet-août dernier, des concerts en "drive-in" ont été organisés. "Si on est confiné l'été prochain, on pourra retenter des choses comme ça. On aura une activité." Quant au Siren's Call, le festival "open air" de Luxembourg, il est programmé pour le 26 juin 2021 et la programmation est quasiment bouclée.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, les concerts de février/mars sont toujours ouverts aux réservations sur le site de l'Atelier... Mais comme pour beaucoup d'autres avant eux, et tant que la crise du coronavirus sévit au Luxembourg comme en Europe, plus on s'en rapproche, plus le risque de l'annulation est grand. 

"On a des plans B en place" nuance Michel Welter. "Les agents ont une stratégie et nous aussi, de façon à proposer tout de suite des concerts lorsque les restrictions seront levées. Ce n'est pas très beau, mais c'est le boulot qu'on doit faire."

C'est d'autant plus compliqué que la crise a affecté les artistes et leurs Tour Managers, parfois dans des proportions insoupçonnées. "Il y a une grosse peur dans l'industrie musicale internationale. De grosses agences ont fermé ou licencié, de nouvelles se créent avec du personnel licencié. Pour vous donner un exemple, un Tour Manager qu'on connait bien, avec qui on a l'habitude de travailler au Luxembourg et qui ne bougeait pas pour un cachet de moins de 150.000€, se retrouve aujourd'hui à faire la caisse. Les gros artistes arrivent à compenser en écrivant, mais certains sortent des albums et font des flops. Et je ne parle pas des artistes locaux qui eux, en bavent encore plus."