La chanteuse Lous and the Yakuza, Marie-Pierra Kakoma à la ville, remarquée pour ses clips ambitieux, était invitée sur le plateau de Quotidien le 19 décembre.

La Bruxelloise qui dévoilera prochainement "Gore", son premier album, a raconté les mois passés dans la rue à Bruxelles. "J'avais 19 ans, la première fois et 20 ans la deuxième fois. J'ai découvert l'amour, le partage. À travers le noir j'ai découvert beaucoup de lumière. Bizarrement j'en sors plus forte, plus déterminée et plus ambitieuse que je ne l'étais déjà", a confié la Belge.

"J'ai découvert, à la rue, les premières personnes qui ont cru en moi. C'était à Montgomery, il y a des petites bouches d'égout où il y a de la chaleur qui sort. On se mettait tous là entre SDF et tous les soirs, ils me disaient, vas-y chante! Et je n'avais jamais eu ça, je n'avais jamais eu des gens qui me demandaient de chanter sans idée derrière. C'était juste chante!, on aime bien ta voix. Et ça, c'était magnifique", a ajouté la chanteuse.

Si vous êtes passé à côté du phénomène... l'artiste a marqué les esprits avec ses titres puissants "Dilemme" et "Tout est gore". Il y a aussi la chanson-choc "4 heures du matin", sur le viol, où l'artiste épouse d'une voix puissante le point de vue de l'agressée et de l'agresseur.

"J'écris mes textes très spontanément, je me suis dit: est-ce que je vais faire un couplet sur le violeur? Oui, j'ai voulu mettre de la lumière sur le mal, sinon on ne le soigne pas. C'est comme pour le racisme, sinon tu vas refaire les mêmes erreurs encore et encore", a commenté pour l'AFP la chanteuse de 23 ans, du haut d'un parcours heurté qui nourrit ses textes, à l'instar d'un Stromae.

"Il y a la volonté de dire la vérité, avec de bonnes chansons, ce qui prend plusieurs formes musicales, comme "4 heures du matin", où j'ai besoin de puissance dans la production, alors qu'"Amigo" parle du cancer, ce que personne ne remarque car il y a une ambiance festive, mais c'est voulu".

L'histoire de Lous and the Yakuza

"Ma famille a fui la guerre en 2000 au Congo, je suis arrivée en Belgique à 4 ans, puis j'ai quitté la Belgique en 2005 pour le Rwanda, retour en Belgique en 2011". Puis viendront les "galères" - "finies vraiment il y a un an et demi" - quand elle se retrouve "à la rue" après un clash avec ses parents.

"C'était surtout à cause de mon entêtement, pas à cause d'eux, ils ont juste essayé d'être les meilleurs parents du monde - ils le sont d'ailleurs, extrêmement intelligents, hors normes, je les adore - mais quand j'ai 18 ans, ils sont médecins, auraient préféré que je fasse médecine, pas d'autre option, moi c'est la musique et c'est le premier gros "non" qu'ils se prenaient, c'était quelque chose..."

"Pas de hargne ni vengeance"

La situation s'est normalisée en mode famille nombreuse, famille heureuse. "On est quatre enfants, plus tous les autres que mes parents n'ont pas pondu ! On est des enfants "forceurs", chaque enfant invite ses deux-trois meilleurs potes: les vacances à six - deux parents, quatre enfants - ça n'existe pas, on est toujours 45 ! (rires)".

Et puis, il y cette chanson, "Courant d'air", qui traite de la prostitution, "un truc qui me suit depuis longtemps". "J'ai interviewé, comme un journaliste, beaucoup de prostituées quand j'étais à la rue, j'ai toujours été très intriguée, surtout dans leur rapport avec leur enfant", confie-t-elle.

Reviennent les méandres de son passé. "J'étais pauvre, à la rue, 'comment je fais pour manger?' L'idée m'a traversé l'esprit. J'avais déjà épuisé toutes mes combines de deal de drogues et le stress qui va avec. Et quand tu es tout en bas, tu tombes dans des milieux où 'Tout est gore' (nouvelle chanson) et c'est là qu'on te fait ce genre de propositions".

Tient-elle sa revanche aujourd'hui? "Non, j'ai toujours voulu 'niquer le game' (réussir). Pas de hargne ni vengeance, mes intentions sont amour, bonté, vérité. Les trucs négatifs sont dans mes textes. Dans la vie, les plus gros combats sont pour les plus grands soldats".