Les films de guerre sont presque aussi vieux que le cinéma lui-même. Il y en a toujours eu, depuis les guerres de l'antiquité jusqu'à la guerre des étoiles. Dans MIDWAY, Roland Emmerich a mis la main à la pâte.

Le cinéaste Roland Emmerich est l’homme qui nous a fait cadeau, façon de parler, de grosses machines hollywoodiennes comme Universal Soldier, Stargate, Independence Day (et sa suite Independence Day : Resurgence), Godzilla, The Patriot, The Day after Tomorrow, 10.000 BC, 2012, Anonymous, White House Down et Stonewall (qui est resté inédit chez nous).

Une filmographie en dent de scie, tout comme ses succès au box-office qui, récemment, se sont un peu amenuisés. Midway, sur la célèbre bataille navale et aérienne du même nom, fut un projet que Roland Emmerich portait en lui depuis très longtemps, mais produire – par les temps qui courent – un film indépendant pour un budget d’au moins 100 millions de dollars, sur un sujet dont les "djeunes" d’aujourd’hui doivent se foutre éperdument, ce n’est pas de la tarte. D'autant plus qu’il y avait déjà eu, en 1976, un autre film du même titre, réalisé par Jack Smight, en format Sensurround. Après de longues années d’attente et de préparation, Emmerich a finalement réussi à réunir le budget de son Midway, grâce notamment à la participation financière de plusieurs producteurs asiatiques.

© Lionsgate

Connaissant la prédilection de Roland Emmerich pour le spectacle monstrueux sans âme et (souvent) sans vrai scénario, l’ouvreuse doit avouer qu’elle était plutôt sceptique en s’installant dans son fauteuil dans la salle Laser Ultra à Belval. Et ben, en essayant et en réussissant à coller à la vérité historique aussi près que possible, le réalisateur allemand a signé ce qui pourrait bien être le meilleur film de sa carrière. Vous direz que – avec son pedigree – ce n’est guère difficile de faire mieux qu’un Independence Day: Resurgence, mais Marie-Amandine doit préciser qu’elle a été agréablement surprise.

Déjà que, réalisme oblige, on fume beaucoup de cigarettes dans le film, en gros-plan, en arrière-plan, partout on allume ou déguste des clopes à tort et à travers. Les cinéphiles se souviendront sans doute du Pearl Harbor de Michael Bay, produit pour la maison Disney, où aucune (vous avez bien lu: aucune!) cigarette n’apparaît à l’écran pendant deux heures et demie. Fallait le faire. Ce qui est également (et agréablement) surprenant, c’est que – à un moment où l’Amérique célèbre sa xénophobie naturelle à une échelle mondiale, Midway de Roland Emmerich traite l’ennemi japonais de l’époque d’une façon équitable, sauf pour une séquence assez ignoble, il est vrai, qui serait pourtant documentée historiquement. Chose inhabituelle aussi, les Japonais parlent leur propre langue et sont donc sous-titrés – on ne force pas les acteurs japonais à parler un charabia américain pour éviter que les spectateurs américains et "maganymes" soient obligés de lire, ce que beaucoup d’entre eux ne savent pas faire.

Bien évidemment, un film de guerre, aussi historique fut-il, doit accrocher son scénario à quelques personnages dont la vie privée doit forcément se mêler à sa trame historiquement documentée. Et comme toujours, c’est dans les dialogues écrits pour ces héros que le film perd un peu de sa véracité. Mais ce n’est pas trop grave, on essaie de ne pas trop les écouter, en se concentrant sur l’a reconstruction époustouflante des séquences de bataille. Pearl Harbor d’abord, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît, les Îles Marshall après, les premiers bombardements de Tokyo et, finalement, la bataille de Midway, en juin 1942, où la suprématie des forces impériales japonaises fut contrecarrée une première fois par la marine et l’aviation américaines. Ce qui est agréable à voir aussi, c’est que les effusions patriotiques (devenues beaucoup trop normales dans l’ère de Trump) sont rares, tout comme le fanatisme des soldats japonais n’est jamais exagéré.

© Lionsgate

La véritable attraction du film réside évidemment dans sa reconstruction des batailles. Pour une fois, les trucages numériques sont utilisés intelligemment, pour faire revivre au spectateur des affrontements infernaux, où il se retrouve en plein milieu de l’action, grâce aussi au son immersif. C’est dans ce genre de séquences que Emmerich a toujours été brillant, mais jamais avec un arrière-fond aussi sérieux. Ce cher Roland a fait du bon travail d’artisan et d’historien, puisqu'on apprend plein de choses sur ce qui s’est passé derrière les coulisses, notamment au sein du service des renseignements américains, qui ne s’étaient pas couvert de gloire pour Pearl Harbor, mais qui ont fait un excellent travail sur Midway. Finalement, Roland Emmerich a aussi fait un bel hommage à John Ford, qui était présent à la bataille de Midway, sur laquelle il avait tourné un documentaire aussi spectaculaire que patriotique qui, l’ouvreuse s’en souvient comme si c’était hier, avait mis en fuite un ambassadeur russe fou-furieux lors d’une projection à la Cinémathèque du Luxembourg.

Marie-Amandine
En mode combat