Le film biographique, appelé "biopic" en langue moderne barbare, a toujours été un pilier du cinéma hollywoodien et mondial. Le genre, qui n’a jamais vraiment cessé d’exister, a repris le vent en poupe depuis le succès fracassant et incompréhensible du très nunuche "Bohemian Rhapsody".

On se souvient que la vie plutôt mouvementée et très NC-17 de Freddie Mercury avait été transformée en une sorte d’histoire de Cendrillon, dont même l’homosexualité du chanteur de Queen avait été pratiquement écartée. Le seul élément rédempteur de cet amas de clichés désinfectés sur l’homme à scandales était l’interprétation électrisée de Rami Malek, qui fut récompensé par un Oscar. Pour se refaire une santé mentale, l’ouvreuse a revu le biopic "The Doors", que Oliver Stone avait consacré, en 1991, à Jim Morrison, chanteur-poète tellement "scandaleux" que le groupe n’avait même pas été invité à Woodstock. Le film, ressorti tout récemment en BluRay UHD avec son Atmos, déballe tout le bagage à scandales que "Bohemian Rhapsody" aurait dû contenir. Et même si Oliver Stone en fait un peu trop, comme d’habitude, "The Doors" reste un film autrement plus honnête que la daube blanchie concoctée par Bryan Singer et consorts. (Disponible chez StudioCanal) "Joker", qui vient de faire son entrée fracassante sur nos écrans, est également un biopic, même s’il s’agit d’un personnage fictif inventé par DC Comics dans les années 1940. L’ouvreuse avait découvert cet anti-héros pour l’ère de Trump au récent Festival de Toronto, où toute une série de films biographiques furent présentés en avant-première mondiale. Ces films, dont certains sont de vrais chefs d’œuvre, devraient se retrouver sur nos écrans dans les semaines et mois à venir. Il est donc grand temps de vous donner un avant-goût de ce qui vous attend d’ici Noël.

I AM WOMAN / © TIFF 2019

Plutôt discret et sobre, mais magnifiquement interprété par Tilda Cobham-Hervey (elle ne restera pas longtemps inconnue), "I am Woman" de Unjoo Moon (c’est une dame) raconte l’histoire de la chanteuse australienne Helen Reddy, qui a fait carrière aux États-Unis, où elle est devenue – dans les années 1960 et 70 -  la muse et la figure de proue du mouvement féministe avec ses chansons engagées et militantes, envers et contre tous les mâles de l’industrie du disque américaine. Un très beau film dont on espère qu’il trouvera un distributeur en Europe.

JUDY / © 2019 PATHÉ

Marie-Amandine doit avouer qu’elle avait une peur bleue de s’aventurer à la projection de "Judy" de Rupert Goold à Toronto. Le film relate les derniers mois de la carrière, de la déchéance et de la vie, hélas, de l’actrice et chanteuse Judy Garland, une femme que l’ouvreuse a toujours adorée. Le film est d’une facture plutôt conventionnelle, certes, mais l’interprétation de Renée Zellweger (qui chante elle-même) est tellement bouleversante que votre ouvreuse chérie a vécu les ultimes moments du film en chialant comme toutes les madeleines de Proust réunies. Et elle n’était pas la seule dans la salle. Il y a donc de très fortes chances que Mademoiselle Zellweger se retrouve avec un Oscar en février 2020. Et il sera mérité, tout comme le fut celui de Lady Gaga pour "A Star is born".

FORD V FERRARI / © 2019 Fox Searchlight / Walt Disney Pictures

Toronto a également présenté des biopics sur Jean Seberg et Marie Curie, que l’ouvreuse n’a pas eu le temps de visionner. Mais elle s’est ruée sur "Ford v Ferrari" ("Le Mans ‘66" en Europe) de James Mangold, que votre servante considère comme une des oeuvres majeures de 2019. Le film s’intéresse aux vies et aux carrières du pilote de course Ken Miles (Christian Bale, explosif) et du concepteur automobile Carroll Shelby (Matt Damon) qui développaient, pour Ford, un bolide de course capable de concurrencer les Ferrari au Mans. Malgré une durée épique de 152 minutes, le film est passionnant de bout en bout, à un point tel que l’ouvreuse a déjà une folle envie de le revoir lors de sa sortie annoncée pour novembre. À un moment où tout le monde râle parce que les Américains racontent toujours les mêmes histoires, des leçons de cinéma (oui, commercial) comme celle-ci sont plus que bienvenues. Vous retrouverez le film tout en haut du Top 15 2019 de Marie-Amandine.

IL TRADITORE / © 2019 RAI CINEMA

Et pour finir en beauté : Savez-vous qui est Tommaso Buscetta ? C’est l’homme et ancien gangster qui, dans les années 1980, a aidé la justice italienne à faire capoter la Cosa Nostra, en collaborant avec le juge Giovanni Falcone. Le film-fleuve de Marco Bellocchio (sélectionné à Cannes et à Toronto) dure 2 heures et 25 minutes, nous fait rencontrer un fourmillement de personnages plus inquiétants les uns que les autres et se range désormais dans la catégorie des très grands films sur la mafia, dont Francis Coppola avait planté les jalons avec sa trilogie du "Godfather/Le Parrain". Vous vouliez du pain sur la planche pour la fin d’année, vous voilà servis, Messieurs Dames.

Marie-Amandine
Gâteuse gâtée